Vettel quitte Ferrari: De la lune de miel au divorce annoncé

Le matin du 12 mai, Ferrari a annoncé que Sebastian Vettel quittera l’écurie, à la fin de l’année 2020. Malheureusement, ce n’était qu’une question de temps avant d’apprendre cette nouvelle. Abdou Sall revient sur les cinq saisons de l’Allemand avec le clan italien.

Lorsque j’ai lu les nombreux articles concernant la rupture possible entre Sebastian Vettel et Ferrari, je le voyais venir. C’est la date de l’annonce fatidique qui m’a surpris. Rappelons les faits: à deux jours de Noël, la Scuderia avait prolongé le contrat de Charles Leclerc, jusqu’en 2024. L’intention était claire: le jeune Monégasque deviendra le futur numéro 1. À partir de ce moment: Vettel allait agir en tant que second violon.

Selon les nombreux médias allemands, une offre d’un an aurait été offerte à Vettel, mais un point de non-retour était déjà établi. Dommage. Si beaucoup de gens vont penser que l’expérience en rouge fut un cauchemar (ce qui est en partie vrai), il ne faut pas oublier les bons moments de l’Allemand avec Ferrari.

2015: un départ en lion

Au terme d’une année 2014 marquée par une défense du titre infructueuse et la montée fulgurante de Daniel Ricciardo, Sebastian Vettel annonça son départ de Red Bull pour signer chez Ferrari dès 2015. Il remplaça Fernando Alonso, qui souffrit probablement du syndrome de Stockholm et revint avec McLaren.

À son deuxième Grand Prix avec le clan rosso, en Malaisie, Vettel profita d’une stratégie gagnante (deux mots que j’ai rarement écrit depuis la création de ce site) de l’écurie pour battre les deux Mercedes. Il mit fin à pratiquement deux ans sans victoire de Ferrari… ainsi que la sienne.

Vettel répétera ce même exploit, en triomphant (et en dominant) en Hongrie et à Singapour. Alors que Lewis Hamilton et Nico Rosberg se battaient entre eux, à bord d’une Mercedes puissante et fiable, le quadruple champion du monde devint un outsider pour la course au titre. Quelques mauvaises courses (surtout au Mexique, où il abandonna) a fait en sorte que Vettel s’est retrouvé troisième au championnat des pilotes. Une bonne première saison pour quelqu’un qui revenait de loin.

2016: le cheval recule

Après une année recrue en rouge bien exécutée, Vettel avait de grosses attentes pour 2016. Malheureusement, sa Ferrari SF1-16H ne répondait pas aux attentes de l’Allemand. Par exemple, le natif de Heppenheim n’a pas pris part au départ du Grand Prix de Bahreïn, suite à un problème de moteur durant le tour de chauffe.

Avec d’autres problèmes qui se sont ajoutés à sa saison (accrochages, explosion d’un pneu en Autriche et une erreur stratégique à Montréal) et vous avez une saison sans victoire pour la Scuderia Ferrari La deuxième fois en trois saisons… Vettel s’est battu contre des moulins appelés Mercedes (vive les références à Don Quichotte). Cela n’excuse pas son coup de gueule au Mexique, après une erreur de Max Verstappen.

À l’interne, la troupe de Maurizio Arrivabene s’est déjà concentrée sur 2017 et ses changements aérodynamiques. Une bonne façon d’oublier 2016…

2017: une course au titre bafouée

Comment faire oublier une annus horribilis? En gagnant le premier Grand Prix de la saison, en Australie! Sebastian Vettel débuta la saison 2017 sur les chapeaux de roues, en remportant trois des six premières courses de la campagne.

Meneur du championnat, il connut de bonnes courses, entre temps, mais son premier échec est venu au Grand Prix d’Azerbaïdjan, à Bakou. Avant la relance de l’épreuve neutralisée en raison de débris, Vettel crut que Lewis Hamilton avait freiné volontairement pour le bloquer. Rouge de colère, l’Allemand se mit côte à côte du Britannique et le tapa. Une vraie rage au volant. Il reçut une pénalité de 10 secondes… et plein de critiques à son égard. Inacceptable!

Après la controverse de Bakou, Vettel a vu son avance en tête du championnat réduite, avec le retour d’Hamilton. Au moins, Vettel partit en vacances avec une victoire en Hongrie et une avance de 24 points sur le #44.

Le point tournant de cette saison fut clairement en septembre, en pleine soirée pluvieuse à Singapour. Vettel, en pôle, s’accrocha avec Kimi Raikkonen, son coéquipier avec Ferrari, et Max Verstappen dès les premiers mètres de la course. Les trois pilotes abandonnèrent sur-le-champ. Pendant ce temps, Lewis Hamilton, rare outsider sur le circuit de Marina Bay, s’empara de la victoire. Avant ce Grand Prix nocturne, l’Anglais détenait trois points d’avance sur Vettel. En quittant Singapour, il mena avec une avance considérable de 28 points!

Hamilton deviendra champion de la saison 2017 au Mexique, grâce à des soucis de fiabilité de la Ferrari de Vettel. Ce fut la première (vraie) fois que ce dernier se battait pour le titre. Au moment où il pouvait rivaliser avec Hamilton, il fallait qu’il commette une erreur fatal…

2018: Bis repetitaParty Time pour Vettel

Encore une fois, la saison débuta du bon pied pour Vettel et Ferrari. L’Allemand gagna les deux premiers Grands Prix, mais un accrochage causé par Max Verstappen en Chine brisa légèrement le momentum. Heureusement, Vettel put se ressaisir, avec des victoires au Canada et en Grande-Bretagne.

Ensuite, il y a eu l’Allemagne.

Alors que Lewis Hamilton se qualifia 14e, Vettel n’avait pas le choix de capitaliser sur ce cadeau venu du ciel. Malheureusement, ledit cadeau fut empoisonné.

Alors que la pluie fit son apparition à Hockenheim, Vettel sortit de piste et accidenta sa Ferrari, alors qu’il était en tête. Coup de théâtre! Cet abandon permit à Lewis Hamilton de gagner ce Grand Prix. Allemagne 2018 devint le nouveau Singapour 2017. Une simple erreur qui eut un impact majeur sur la suite du championnat. Entre temps, trois jours après ce Grand Prix d’Allemagne renversant, le PDG de Fiat Chrysler Automobiles (qui détient des parts de Ferrari), Sergio Marchionne, décéda des suite d’un cancer. Cela ébranla complétement l’écurie.

En piste, Vettel accumula les erreurs. En Italie, un contact avec Hamilton l’envoya faire un tête-à-queue, ruinant sa course. Au Japon, il entra en contact avec Max Verstappen. Aux États-Unis, il ne respecta pas un drapeau rouge et reçut une pénalité de grille et, en course, il fit un autre tête-à-queue au premier tour. Il limita les dommages en finissant quatrième. Comme en 2017, il a vu Lewis Hamilton être sacré champion au Mexique.

Entre temps, Ferrari annonça la signature de la jeune recrue Charles Leclerc, qui impressionna à sa première année avec (Alfa Romeo) Sauber. Leclerc est un membre du programme du développement de jeunes pilotes chez la Scuderia.

2019: Changement de garde

Lors des essais hivernaux, tenus à Barcelone, la SF90 était rapide, mais manquait de fiabilité. Pendant ce temps, Mattia Binotto, le nouveau directeur sportif de la Ferrari, disait que Vettel serait le numéro 1. Rapidement, Leclerc a fait ses marques. À sa deuxième course en rouge, au Bahreïn, le Monégasque est passé proche d’une victoire, n’eut été d’un trouble de moteur. Pendant ce temps, Vettel fit un tête-à-queue, en plus de voir son aileron avant se briser. On venait d’assister à la naissance de la nouvelle coqueluche chez Ferrari.

Il y a eu ce Grand Prix du Canada…

Écoutez le podcast où on revient sur l’incident Vettel-Hamilton

Parti en pôle, Vettel mène la course, mais une erreur au virage 4 le fait revenir tout juste devant Lewis Hamilton. L’action est jugée fautive par la FIA et les commissaires pénalisent l’Allemand de cinq secondes. Il perdit la victoire aux dépens du Britannique… et la tête.

Autres erreurs majeures: à Silverstone, il entra en contact avec Max Verstappen et, en Italie, il partit en tête-à-queue et, en essayant de revenir en piste, passa proche de taper Lance Stroll.

Suite à cet échec monumental à Monza, Vettel remporta sa seule victoire de la saison, à Singapour. Cependant, il fut aidé par une consigne d’équipe de la part de Ferrari, alors que Charles Leclerc semblait en contrôle de la situation. Le Monégasque partait en pôle. Une de ses plus belles courses en 2019 (celle en Allemagne était la meilleure, à mon avis).

Ah, les fameuses consignes d’équipe… En début de saison, ce fut un des sujets chauds dans l’actualité de la Formule 1, en 2019. Ferrari les a utilisées à moult reprises. Des stratégies pas nécessaires ont causé une sorte de rivalité intra-équipe. Au Bahreïn, Leclerc refusa de rester derrière Vettel pendant deux tours et dépassa son coéquipier, avant de s’envoler vers une quasi-victoire. Durant la farce de la Q3 de Monza, le numéro 16 ne respecta pas l’ordre de passage (une question d’aspiration d’air) et fut un des deux pilotes à compléter un tour avant l’arrêt du chrono. L’autre étant le successeur de Vettel, Carlos Sainz.

La première partie du Grand Prix de Russie 2019 fut plus excitante que les six courses tenues à Sotchi. Vettel ignora complètement la consigne d’équipe: laisser passer Leclerc. L’Allemand abandonnera, quelques tours après son arrêt aux puits.

Et il y a eu cet accrochage au Brésil. MEIN GÖTT, MUSS DAS EIN!

« All around me are familiar faces »

Vettel termina cinquième au classement général des pilotes, son pire résultat final depuis son arrivée chez Ferrari.

2020: Divorce officiel

Avant que la pandémie de la COVID-19 ne frappe le monde entier, les dix écuries ont pu tester leurs nouveaux châssis. Étonnamment, la SF1000 ne laissait pas l’impression d’être un bolide prêt à rivaliser contre Mercedes.

Le contrat de Vettel se termine à la fin de l’année 2020. Il y a eu des négociations entre le clan de l’Allemand et la Scuderia, mais les deux belligérants ne partageaient pas les mêmes ambitions. Selon des médias, Ferrari voulait prolonger le quadruple champion du monde pour la campagne 2021, avec un salaire de 10 millions de dollars (le tiers de ce qu’il gagne par année en ce moment). Cela signifierait qu’il agira comme numéro deux à Charles Leclerc, qui représente le futur de l’écurie italienne.

C’est clair que la relation entre Vettel et Ferrari n’était plus au beau fixe. Avec la première année en rouge exceptionnelle de Leclerc et les nombreuses erreurs commises, Sebastian Vettel faisait face à une pression énorme et caractéristique quand on pilote une voiture flanquée du cheval cabré.

Quelle est la suite pour VEttel?

Maintenant qu’on sait que Carlos Sainz le remplacera chez Ferrari en 2021, où aboutira Sebastian Vettel? Beaucoup de gens ont parlé de McLaren, mais Zak Brown (le PDG de McLaren) a mentionné que l’Allemand n’était pas dans les plans de l’équipe. Le clan de Woking a opté pour Daniel Ricciardo, en fin de contrat avec Renault à la fin de la présente (?) saison.

Il reste des options possibles pour Vettel. Maintenant que Ricciardo amènera sa bonne humeur chez McLaren, il y a un siège vacant chez Renault. Apparemment, plusieurs médias rapportent que l’écurie française a entretenu des discussions avec… Fernando Alonso. Alonso, 39 ans en juillet, a remporté ses deux championnats du monde avec Renault (2005 et 2006). Après tout, si Alfa Romeo a signé Kimi Raïkkönen pour deux saisons (Kimi a 40 ans), c’est possible de faire de même avec Nando.

D’autres sources rapportent aussi que Vettel aurait offert ses services à son ancien employeur, Red Bull. Évidemment, l’écurie autrichienne a refusé. Max Verstappen et Alex Albon, les deux pilotes de RBR, sont jeunes et coûtent moins cher que Vettel.

Mercedes? Le contrat de Valtteri Bottas se termine aussi à la fin de l’année 2020. Par-contre, est-ce que Toto Wolff (ou le cœur de Toto) accepterait d’avoir deux pilotes de grande stature dans son écurie, après avoir passé trois années à endurer les bagarres internes entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg?

Je pourrais mentionner Racing Point (prochainement Aston Martin), mais cela impliquerait du travail à long terme et, surtout, avoir une voiture capable de gagner.

La dernière option: la retraite. Je ne désire AUCUNEMENT voir Sebastian Vettel se retirer à 33 ans. Par contre, il y a un élément du communiqué de presse émis par Ferrari, cette semaine, qui frappe. Cette citation suivante:

Ce qui se passe au cours des derniers mois nous a mené à réfléchir sur nos vraies priorités dans la vie. (…) Je vais prendre le temps de bien réfléchir, quant à mon avenir.

Vettel pense à son futur. Doit-il continuer ou en finir avec la Formule 1 (en tant que pilote)? Pour l’instant, c’est beeeeeeeeeeeeeen trop tôt pour évoquer la retraite.

Chose sûre: profitons de cette dernière année de Vettel avec Ferrari, même si son rêve était de gagner un championnat du monde en rouge, comme son idole, Michael Schumacher.

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