Avant-course Singapour 2018: dix ans de courses nocturnes

En dix ans d’existence, le Grand Prix de Formule 1 de Singapour n’a jamais manqué d’action. Avec la saison que nous connaissons en ce moment, attendez-vous à rester assis sur votre fauteuil. La guerre entre Lewis Hamilton et Sebastian Vettel se poursuit, dans la cité-État asiatique.

Après avoir anéanti l’humeur des partisans de Ferrari, à Monza, Lewis Hamilton tentera d’accroître sa grande avance au classement des pilotes. L’Anglais, vainqueur en titre à Marina Bay l’an dernier, devra se battre face à Vettel sur un circuit où la puissance du moteur, contrairement en Italie, n’est pas importante. Quant à Vettel, il voudra mettre de côté ses mésaventures aux départs des courses d’il y a deux semaines… et à Singapour en 2017.

Dans le passé, Red Bull a été maître sur ce tracé de cinq kilomètres. Cette année, l’écurie autrichienne désire jouer les trouble-fête de service, mais avoue que ce ne sera pas facile. Fraîchement promu chez Ferrari en 2019, Charles Leclerc veut prouver à ses futurs employeurs que la décision était juste. Surveillons Fernando Alonso, qui performe toujours bien sur ce circuit.

Histoire du Grand Prix de Singapour

Pré-F1

Le circuit de Thomson Road (4.865 km), lieu de la première version du GP de Singapour.

Oui, le Grand Prix F1 de Singapour est vieux de dix ans, mais le pays a eu un passé de course automobile. Le tout a commencé en 1961, avec la présentation du Orient Year Grand Prix. L’année suivante, l’événement fut renommé le Grand Prix de Malaisie.

 

Lorsque la cité-État obtint son indépendance, en 1965, le nom de l’épreuve prit le label officiel de « Grand Prix de Singapour ». La course fut disputée jusqu’en 1973, suite à de nombreux contraintes reliées à la route et à deux accidents mortels.

Les débuts

En 2007, Bernie Ecclestone et le gouvernement singapourien annoncèrent la tenue d’une course de F1 à Singapour pour 2008. Elle devint la première épreuve entièrement nocturne de l’histoire du sport. Fernando Alonso la remporta, de manière controversée.

Crashgate

La veille, Alonso souffrit d’un problème de pompe à essence, l’éliminant de la Q1. Pourtant, l’Espagnol était parmi les plus rapides en piste. Partant quinzième, il s’arrêta aux puits au douzième tour et, deux tours plus tard, son coéquipier, Nelson Piquet Jr., accidenta volontairement sa Renault au virage 17, entraînant la sortie de la Voiture de sécurité. À cette époque, les arrêts aux stands en début de période de neutralisation étaient interdits, sous peine de pénalité de stop-and-go.

L’arrêt aux puits raté de Ferrari (image: Getty).

Cet accident permit à Alonso de se retrouver parmi les meneurs de la course. Aussi, Ferrari rata le ravitaillement en essence de Felipe Massa, alors en tête de l’épreuve. À sa sortie des puits, il se retrouva dernier, alors qu’Hamilton se retrouvait sur le podium. La guerre au championnat des pilotes tourna en faveur du Britannique, suite à cette mésaventure.Grâce à cette « stratégie », Nando donna une première victoire à Renault en deux ans (depuis Japon 2006).

Cependant, un an plus tard, Piquet fut congédié par l’écurie française et dénonça la tricherie. Il reçut l’ordre d’envoyer sa voiture dans le décor, afin qu’Alonso puisse se battre pour la victoire, par le biais d’un arrêt aux puits. La FIA enquêta sur la séquence et reconnut qu’il y a bel et bien eu de la triche.

Flavio Briatore, patron de l’écurie, et Pat Symmonds, ingénieur en chef, furent radiés à vie et pour cinq ans, respectivement, de la Formule 1. Par contre, Briatore contesta sa suspension et vit sa radiation être annulée et reçut une amende de 15 000 euros. Alonso, quant à lui, garda sa victoire, étant donné qu’il n’était pas impliqué dans la triche.

Suite à cette polémique, la banque néerlandaise ING décida de retirer leur partenariat avec Renault F1 Team, juste avant l’épreuve de Singapour 2009.

2010

L’édition de 2010 est probablement la meilleure des dix Grands Prix singapouriens. On assista à une belle bataille entre Alonso (maintenant chez Ferrari) et Sebastian Vettel, un abandon frustrant de Lewis Hamilton et les prouesses de pompier d’Heikki Kovalainen (Lotus Racing). Pour son premier Grand Prix nocturne, Michael Schumacher fut impliqué dans diverses incidents en piste, mais parvint à terminer treizième.

Heikki Kovalainen a joué le rôle de pompier, en 2010.

2011

Si Sebastian Vettel domina entièrement l’édition suivante, le sujet de conversation était l’accrochage entre Felipe Massa et Lewis Hamilton.

Hamilton accrocha l’arrière son rival brésilien, entraînant des dommages à son aileron avant et une crevaison du pneu de Massa. Après la course, ce dernier alla narguer Hamilton en le félicitant sarcastiquement pour sa course (voir la vidéo ci-dessus). Évidemment, le Britannique n’apprécia guère les paroles. Ceci n’était qu’un épisode de leur confrontation, car les deux se sont touchés en piste à quelques autres reprises.

2012

L’abandon devenu célèbre.

Le Grand Prix de 2012 était moins spectaculaire que les précédents, mais un événement généralement   allait bouleverser le cours de l’histoire de la Formule 1.

Non, il ne s’agit pas de l’accident bête de Schumacher.

Parti en pôle position, Lewis Hamilton dût se retirer de la course, lorsque sa boîte de vitesse le lâcha au 23ème tour, permettant à Vettel de s’emparer de la tête de l’épreuve (et de la victoire).

Quelques jours plus tard, on apprit qu’il avait officiellement signé chez Mercedes, en remplacement de Michael Schumacher, pour les trois prochaines saisons. Personne n’avait vu venir cette nouvelle. Cela donnait raison à Eddie Jordan, qui avait lancé cette nouvelle folle.

Qui aurait cru qu’une boîte de vitesse endommagée affecterait grandement Lewis Hamilton, McLaren, Mercedes et la Formule 1?

2013

Tout comme en 2011, Sebastian Vettel écrasa la compétition, au volant d’une très compétitive Red Bull. Ce fut son troisième succès consécutif sous les projecteurs du petit pays. Moins de chance pour son coéquipier, Mark Webber, qui vit sa monoplace prendre feu dans les derniers tours de la course. Heureusement, il compta sur Fernando Alonso pour le ramener aux puits.

2014

Pastor Maldonando (gauche), Jules Bianchi (centre) et Jean-Éric Vergne (droite), après le GP de Singapour 2014 (image: Instagram/jeanericvergne)

Battu par Hamilton par seulement sept millièmes de secondes, Nico Rosberg fut victime de soucis informatiques de son volant et fut forcé à abandonner. Avec cette victoire, Hamilton reprit les commandes du championnat des pilotes par trois points.

Ce Grand Prix fut aussi le dernier que le Français Jules Bianchi compléta, avant de subir ce terrible accident au Japon, qui lui sera malheureusement fatal.

2015

Nouvelle écurie, mêmes habitudes. Embauché par Ferrari en 2015, Sebastian Vettel n’hésita aucunement à garder sa routine: gagner à Singapour de manière décisive (même si l’écart avec le deuxième était de moins de deux secondes).

Lewis Hamilton abandonna pour la deuxième fois à Marina Bay, suite à un problème de groupe propulseur. Aussi, un homme entra sur la piste, provoquant la sortie de la Voiture de sécurité.

2016

Accident envoyant Nico Hulkenberg dans le mur, après 50 mètres couverts (image: FOM).

À son 200ème Grand Prix, Nico Rosberg s’est offert un beau cadeau: une belle victoire à Singapour, alors qu’il résista aux attaques de Daniel Ricciardo en fin de course. Il accentua son avance sur Lewis Hamilton au classement des pilotes.

Malgré un bris de suspension aux qualifications, Sebastian Vettel effectua une belle remontée jusqu’en cinquième place.

2017

Pour la première fois en dix courses, la pluie s’invita à la fête. Parti en pôle, Vettel réalisa un départ correct, mais s’accrocha avec Max Verstappen et Kimi Raikkonen. Les trois belligérants abandonnèrent avant l’entame du premier tour.

Le retrait de Vettel, combiné à la victoire d’Hamilton, fut le moment faisant pivoter la lutte du championnat entièrement à l’avantage du pilote de Mercedes. C’est lors de cette course que Carlos Sainz et Jolyon Palmer enregistrèrent leurs meilleurs résultats en Formule 1 (quatrième et sixième respectivement).

Le circuit

Circuit urbain de Marina Bay

Circuit urbain de Marina Bay (5,063 km/61 tours)
Premier GP à Singapour: 2008

En l’espace de deux semaines, la Formule 1 passe d’un circuit de vitesse pure à un tracé très technique. Comportant 23 virages, le circuit urbain de Marina Bay est très demandant pour les pilotes. Avec l’humidité qui est presque semblable à ce que le Québec a vécu cet été, ils doivent rester concentrés.

En termes de dépassements, les points névralgiques de cette piste se retrouvent aux virages 1, mais surtout au 7, après l’enchaînement de deux petites lignes droites. L’autre zone pour dépasser se situe au virage 14 (en face du 8).

Le virage 18, qui mène en-dessous d’une tribune du circuit.

Bien que Marina Bay soit visuellement magnifique, le circuit comporte quelques pièges, dont le fameux virage 18, qui passe en-dessous d’une tribune. Il est facile de rater son freinage et de terminer sa course dans le mur.

Modification des virages 16 & 17 pour 2018 (image: Twitter/@f1nightrace)

Au cours des dix éditions singapouriennes, la piste a été modifiée à quatre reprises. Cette année, c’est au tour des virages 16 et 17 (connus pour l' »accident » de Nelson Piquet en 2008) de subir un modification. Cela signifiera donc qu’on aura un nouveau record de piste. À qui la chance?

à surveiller

  • Le Grand Prix de Singapour n’a jamais connu une édition sans l’intervention de la Voiture de sécurité.
    • En dix courses, elle est apparue à DIX-SEPT reprises.
  • En fin de semaine, quelques pilotes atteindront des plateaux importants pour eux (mettons).
    • Max Verstappen et Carlos disputeront leur 75ème Grand Prix. Ils ont débuté comme coéquipiers chez Toro Rosso, en 2015. Depuis, Verstappen est parti chez Red Bull, avant le GP d’Espagne 2016; Sainz, chez Renault après le GP du Japon 2017.
    • Nico Hulkenberg deviendra le 36ème pilote à participer à 150 Grands Prix en carrière. Par contre, il sera le premier à atteindre cette marque sans avoir inscrit le moindre podium. Désolé, Nico.
    • Esteban Ocon en sera à sa 50ème course, à Singapour. Le meilleur résultat du Français à Singapour est une dixième place, enregistrée l’an dernier.
  • Le coéquipier d’Ocon, Sergio Perez, a complété toutes les courses dans la cité-État dans les points. C’est le seul circuit où il a accompli cet exploit, entre autres grâce à une cinquième place -son meilleur résultat là-bas- en 2017.
    • Sans *cet* accident au départ, Sebastian Vettel aurait pu le rejoindre dans ce palmarès.
  • Brendon Hartley, Sergey Sirotkin, Pierre Gasly et Charles Leclerc fouleront la piste singapourienne pour la première fois de leur carrière.
  • Le Grand Prix de Singapour se déroule, en moyenne, en l’espace des deux heures requises pour compléter une course.
    • L’édition la plus courte eut lieu en 2016 (1h55:48.950), bien que la Voiture de sécurité fut déployée au départ.
    • En revanche, la plus longue appartient à celle de l’année dernière (2h03:23.543). En effet, 20% de la course s’était déroulée derrière la Voiture de sécurité (carnage du premier tour et accident de Daniil Kvyat). Aussi, il pleuvait pendant la première moitié de l’épreuve.
  • Tous les vainqueurs du Grand Prix de Singapour ont au moins un championnat du monde en poche: Alonso, Hamilton, Vettel et Nico Rosberg.

Statistiques

Image: FOM

statistiques provenant de statsf1.com

victoires

  • Pilote: Sebastian Vettel (4)
  • Écurie: Red Bull (3)*

* Tout comme Red Bull, Ferrari compte trois victoires au GP de Singapour, mais une d’entre elles date de 1970, année où le Championnat du monde de Formule 1 n’eut guère lieu dans le pays.

Pôles Positions

  • Pilote: Sebastian Vettel (4)
  • Écurie: Ferrari (4)

Meilleurs tours

  • Pilotes: Fernando Alonso, Lewis Hamilton & Daniel Ricciardo (2)
  • Écurie: Red Bull

Podiums

  • Pilote: Sebastian Vettel (6)
  • Écurie: Red Bull (11)

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