Avant-course Japon 2018: se rapprocher de la balle de match

En fin de semaine, le Grand Prix du Japon célébrera trente ans de Formule 1 à Suzuka. Rien de mieux qu’une autre bataille entre Lewis Hamilton et Sebastian Vettel sur ce circuit atypique pour fêter le tout.

Dimanche dernier, Hamilton a profité d’une consigne d’équipe donnée à Valtteri Bottas, afin de remporter la course en Russie. Même si cela a permis au Britannique d’avoir 50 unités de plus que Vettel, Bottas méritait clairement de gagner. La situation a créé une soi-disant controverse sur les médias sociaux, mais on oublie que les consignes d’équipe, malgré son interdiction dans le passé, ont existé de toutes les formes. Or, si Hamilton veut s’assurer d’être couronné champion le plus vite possible, il doit accentuer son avance sur l’Allemand, même de la manière la plus moribonde possible.

Fin de la tirade éditoriale.

Parlant de Vettel, il n’a pas gagné à Suzuka depuis 2013, durant ses années avec Red Bull. Ceci est une occasion en or de mettre fin au règne de Mercedes au Japon. En effet, l’écurie germano-britannique a triomphé à chaque année, depuis 2014. Hamilton a remporté trois des quatre dernières éditions (2014, 2015 et 2017); Nico Rosberg, en 2016.

Même avec un moteur plus puissant, Red Bull a peu de chances de surprendre Mercedes et Ferrari. Cependant, la pluie risque possiblement de s’inviter au rendez-vous, dimanche. Or, l’écurie autrichienne pourrait profiter du mauvais temps pour brouiller les cartes. Évidemment, il s’agit d’un élément à surveiller.

Pour leur première année avec Toro Rosso, Honda voudra bien faire à la maison, après leurs insuccès avec McLaren de 2015 à 2017.

Histoire du Grand Prix du Japon

En 42 ans d’existence, le Grand Prix du Japon nous a offert des beaux et des mauvais moments.

Pré-f1

Tout comme n’importe quel Grand Prix cette saison, le Japon a organisé des courses de ce genre bien avant de d’accueillir la Formule 1. La première épreuve pré-F1 eut lieu en 1963, avec des voitures de sport. Deux ans plus tard, les courses furent disputées à Fuji et à Yokohama, jusqu’en 1975.

1976 et 1977: Fuji

Mario Andretti, premier vainqueur du Grand Prix F1 du Japon (Image: WR2)

La Formule 1 fit sa première apparition au pays du soleil levant, en 1976. C’était le circuit au pied du Mont Fuji qui fut l’hôte de la dernière manche de la saison. Quelle manière de la terminer avec un duel historique entre James Hunt et Niki Lauda, sous une pluie torrentielle!

Mario Andretti, au volant d’une Lotus, devint le premier vainqueur du Grand Prix de Formule 1 du Japon, alors que Hunt termina troisième. Par contre, il remporta le championnat par un point, avec l’abandon volontaire de Niki Lauda.

James Hunt, en 1976

James Hunt succéda à Andretti en 1977, mais l’épreuve fut ternie par l’accident entre Gilles Villeneuve et Ronnie Peterson. La Ferrari de Villeneuve se retrouva dans les tribunes, tuant malheureusement deux spectateurs.

Prévue à l’origine en avril, l’édition de 1978 fut soudainement annulée et ne réapparut plus au calendrier pour une dizaine d’années.

La période Suzuka

Lorsque la Formule 1 revint au Japon, en 1987, elle se retrouva sur le circuit de Suzuka, lieu du premier Grand Prix (hors-championnat) en sol japonais en 1963. La piste fut redessinée pour ces bolides. À l’origine, Suzuka était une piste d’essais pour Honda.

Comme en 1976 à Fuji, la première course fut déjà un classique. Au volant d’une Williams-Honda, Nigel Mansell accidenta sa voiture lors des essais libres, aggravant une vielle blessure au dos. L’Anglais déclara forfait, permettant à Nelson Piquet de mettre la main sur son troisième (et dernier) championnat des pilotes. L’Autrichien Gehrard Berger offrit à Ferrari leur première victoire en deux ans!

1988-1990: Senna vs Prost

S’il y a bien un moment à retenir à Suzuka, c’est la grande rivalité entre Ayrton Senna et Alain Prost. De 1988 à 1990, les deux pilotes se battaient pour devenir champion du monde.

En 1988, les deux, alors coéquipiers chez McLaren, partaient en première ligne, Senna ayant décroché la pôle position. Soudain, le Brésilien cala au départ et se retrouva quatorzième. Avec la pluie qui tomba et Prost qui souffrit de problèmes de boîtes de vitesses, il dépassa son coéquipier, afin de gagner la course. À l’époque, les onze meilleurs résultats du championnat comptaient. Au total, Prost avait récolté 105 points contre 94 pour Senna. Cependant, les pires résultats du Professeur, de toutes les courses terminées, étaient une deuxième place. Or, trois courses (Hongrie, Belgique et Japon) furent déduites du classement, contre une quatrième (Espagne) et une sixième place (Portugal) pour Senna. Avec les déductions, Senna totalisait 90 points contre 87 pour Prost. Au final, c’est le Brésilien qui fut sacré champion de la saison 1988.

Le championnat se décida de plus belle au Japon, en 1989. Cette fois, la bataille devint plus agressive. Au 47ème tour, Senna tenta une attaque sur Prost à la chicane, mais les deux s’accrochèrent et se retrouvèrent proche de la zone de dégagement.

Prost abandonna, sachant qu’il avait déjà le titre en poche, mais Senna ordonna les commissaires de piste à le pousser pour qu’il puisse retourner en piste. Malgré un arrêt aux puits pour changer son aileron avant, Senna reprit la tête de la course en passant Alessandro Nannini (Benetton) et remporta l’épreuve. Cependant, il fut disqualifié pour avoir gagner un avantage, offrant une victoire unique à Nannini.

L’édition de 1990 atteignit un autre niveau d’intensité. Encore une fois, le championnat allait se décider au Japon. Les deux personnages principaux se retrouvèrent, encore une fois, en première ligne, mais Prost s’était joint à Ferrari. Au départ, le Français surprit Senna et prit la tête, mais Senna heurta Prost au premier virage.

Automatiquement, ce fut la fin de la course pour les deux, mais Senna fut sacré champion comme Prost ne pouvait pas marquer de points. Un an plus tard, quand il mit la main sur son dernier championnat, il avoua avoir volontairement frappé son rival pour l’éliminer.

Montagne russe d’événements

Même à la suite à cette trilogie japonaise, ce Grand Prix n’a jamais cessé d’être renversant. Par exemple, en 1993 le même Senna remporta cette course, mais fut en colère contre Eddie Irvine (Jordan), qui essayait de dépasser le meneur (Irvine était sixième). Après l’épreuve, le pilote McLaren donna un coup de poing au visage de l’Irlandais.

Damon Hill (Williams) remporta le GP du Japon et le championnat des pilotes 1996 (Image: Reuters)

D’autres championnats se sont décidés à Suzuka. Nous n’avons qu’à penser au seul titre de Damon Hill (Williams), en 1996, alors que son coéquipier Jacques Villeneuve eut un accident. Il y a eu aussi Mika Hakkinen, qui profita de plusieurs malchances de Michael Schumacher pour devenir le premier Finlandais depuis Keke Rosberg (1982) à être champion du monde. Hakkinen répéta l’exploit en battant Irvine. Parlant de Schumacher, il eut sa première consécration avec Ferrari en 2000 sur cette piste. Trois ans plus tard, l’Allemand termina huitième, synonyme du dernier point disponible, dans le temps, pour s’assurer d’un sixième championnat. Il fallut attendre huit ans pour voir un autre pilote être sacré au Japon. En effet, Sebastian Vettel n’eut besoin qu’une troisième place pour sécuriser un deuxième de quatre championnats des pilotes consécutifs.

Au cours de cette période post-Senna contre Prost, la course d’anthologie à Suzuka reste celle de 2005. Parti 17ème, Kimi Raikkonen dût se battre ardemment pour dépasser Giancarlo Fisichella, à l’entame du dernier tour. Il le fit, grâce à un dépassement somptueux sur l’Italien par l’extérieur du virage 1.

Retour au Mont Fuji

Pour deux années, la Formule 1 revint au pied de la célèbre montagne, sur un circuit complètement redessiné par Hermann Tilke.

Accident de Fernando Alonso, lors du GP du Japon 2007 à Fuji.

La première, en 2007, fut à l’image de 1976: pluvieuse. Lewis Hamilton remporta cette épreuve, alors que Fernando Alonso, champion en titre et coéquipier de la recrue, finit dans le mur. De plus, un jeune Sebastian Vettel ruina ses chances d’obtenir son premier podium en F1 en heurtant (son futur coéquipier) Mark Webber.

Alonso réussit à se venger, en montant sur la plus haute marche du podium, mais avec une Renault. Il profita des bêtises de Felipe Massa, alors dans la lutte pour le championnat des pilotes de 2008.

Retour à Suzuka

Entre 2009 et 2013, Sebastian Vettel compte quatre victoires à Suzuka (Image: TORU YAMANAKA/AFP/Getty Images)

Avec la crise économique qui touchait l’industrie automobile, Toyota, propriétaire du circuit de Fuji, annonça que la F1 ne retournerait plus là-bas à partir de 2010. Cela voulait dire que Suzuka reprendrait l’exclusivité du Grand Prix national sur leurs terres. De 2009 à 2013, Sebastian Vettel gagna quatre des cinq courses (2009, 2010, 2012 & 2013. Jenson Button triompha en 2011).

Depuis 2014, Mercedes a eu du succès sur ce tracé, avec quatre victoires en quatre épreuves dans l’ère des moteurs V6 turbo hybride.

Le moment le plus triste du Grand Prix du Japon à Suzuka date de 2014, lorsque le Français Jules Bianchi heurta une grue qui récupérait la Sauber accidentée d’Adrian Sutil. Il succombera à ses blessures, quelques mois plus tard.

Le 5 octobre 2014, lors d’un Grand Prix du Japon pluvieux, Jules Bianchi (Marussia) eut un accident qui lui sera fatal, quelques mois plus tard. (Image: JDannek007/Reddit)

Le circuit

Suzuka International Racing Course (5,807 km/53 tours)
Premier GP à Suzuka: 1987

Le circuit de Suzuka est un des préférés des pilotes, pour ses virages à haute vitesse tonitruantes, mais aussi parce que c’est le seul en forme de 8 de tout le calendrier. Le premier secteur de la piste est surtout composée d’une série de « S », qui ne donne aucun droit à l’erreur, car c’est direction: le gravier.

Il existe beaucoup de zones de dépassement. La première est, évidemment, le premier virage, qui se prend en lâchant l’accélérateur. Le deuxième est l’Épingle (11), le virage le plus lent du circuit. Il est possible de dépasser au Spoon (13), mais seuls les plus téméraires en sont capables. Le dernier en liste est la chicane Casio (aucun placement de produit, c’est le nom officiel du virage), qui ralentit les bolides après qu’ils aient pris le fameux 130R à vive allure. Ce 130R peut être un endroit pour dépasser (parlez-en à Fernando Alonso), mais encore là, les plus téméraires vont s’essayer.

À surveiller

  • Si Daniel Ricciardo termine dans le top 3 en fin de semaine, il inscrira un 30ème podium en Formule 1.
  • Lance Stroll a marqué à deux reprises, cette saison (Azerbaïdjan et Italie), totalisant six points. Au total, il en compte 46. Or, s’il termine au moins huitième (4 pts), il atteindra le plateau des 50 points en Formule 1.
  • Dans le cas de Sauber, il en faut six à l’écurie suisse pour inscrire 850 points depuis leur intégration en F1 en 1993.
    • Cela inclut la période avec BMW (2006-2009).
  • Mercedes a la chance d’égaler la marque de cinq victoires consécutives à Suzuka, appartenant à Ferrari (2000 à 2004).
  • Parlant de la Scuderia, elle n’a pas gagné au Japon depuis 2004. C’est donc une occasion de mettre fin à cette disette.
  • Lewis Hamilton et Fernando Alonso sont les seuls pilotes à avoir gagné le Grand Prix du Japon à Suzuka et à Fuji.
    • Hamilton peut remporter sa quatrième victoire sur le circuit en 8, égalant Sebastian Vettel.
  • Bien qu’il n’y ait pas de pilotes japonais en piste, il est important de mentionner que deux pilotes sont montés sur le podium devant leurs partisans.
    • Le premier est Aguri Suzuki, qui termina troisième lors de l’édition de 1990, au volant d’une Larrousse.
    • 22 ans plus tard, Kamui Kobayashi (Sauber) suivit l’exemple de Suzuki en finissant à la même position.
  • S’il n’y a pas de pilotes, on a Honda, qui est littéralement à la maison (le circuit est une propriété de la marque nippone).
    • Si jamais Toro Rosso devait causer la surprise en montant sur le podium, l’écurie italienne permettrait à Honda de terminer dans le top 3 au Japon pour la première fois depuis 2004.
    • Jenson Button avait permis à BAR-Honda (aujourd’hui Mercedes) de terminer troisième.

Statistiques

Les statistiques suivantes proviennent du site STATSF1.com.

Victoires

  • Pilote: Michael Schumacher (6)
  • Écurie: McLaren (9)

Pôles positions

  • Pilote: Michael Schumacher (8)
  • Écurie: Ferrari (9)

Meilleurs tours

  • Pilote: Michael Schumacher (4)
  • Écuries: McLaren et Williams (8)

Podiums

  • Pilote: Michael Schumacher (9)
  • Écurie: McLaren (25)

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