Niki Lauda (1949-2019)

Le 20 mai dernier, le triple champion du monde de F1, Niki Lauda, est décédé à l’âge de 70 ans. L’Autrichien laisse derrière lui une renommée exceptionnelle dans l’univers du sport automobile.

Les débuts en F1

Niki Lauda débute sa carrière en F1 avec March, en 1971.

Né en 1949 à Vienne, d’une famille bourgeoise autrichienne, Niki Lauda développa  une passion pour le sport automobile. Cependant, ses parents s’opposèrent à ce qu’il participe aux courses. Le jeune Niki ne les écoutait guère et commença à tracer sa propre voie, entre autres en disputant sa première course au volant d’une Mini Cooper, un cadeau de sa grand-mère.

Afin de financer ses débuts dans les catégories junior, Lauda utilisa son nom de famille pour obtenir des prêts auprès des banques autrichiennes. Connaissant du succès, il débuta en Formule 1 en 1971, avec l’écurie March. Il prit part au Grand Prix d’Autriche, mais fut contraint à l’abandon au bout de 20 tours.

Grâce à un soutien financier très important, il put disputer la saison complète de 1972 avec la même écurie. Malheureusement, les résultats furent atroces: aucun point en 12 épreuves. Pour 1973, Lauda passa chez BRM, mais avec la promesse de payer ses employeurs plus tard dans la saison. Acculé au pied du mur, car il a accumulé les dettes et que les résultats ne se présentaient pas avec BRM, l’Autrichien surprit tout le paddock de la F1.

Lors du Grand Prix de Monaco de la même année, Lauda se retrouva troisième, devant la Ferrari de Jacky Ickx, mais dût abandonner. Il répéta l’exploit lors de la course au Canada, à Mosport. Il menait l’épreuve, avant d’effectuer un arrêt aux puits pour changer des pneus (la pluie s’amenait). Comme à Monte-Carlo, l’homme, alors âgé de 25 ans, fut contraint à l’abandon.

Malgré deux points inscrits en 1973, il fut embauché par Ferrari. C’est son coéquipier chez BRM, Clay Regazzoni, qui conseilla Enzo Ferrari et Luca di Montezemolo de recruter l’Autrichien. Or, Lauda et Regazzoni passèrent avec les légendaires italiens pour 1974.

À sa première saison avec Ferrari, Lauda perdit le titre de champion des pilotes aux dépens d’Emerson Fittipaldi (McLaren). Durant cette année, il parvint à remporter sa première victoire en Formule 1, lors du Grand Prix d’Espagne, à Jarama.

Grâce sa vitesse de pointe et de son rythme de course méticuleux, il gagna cinq courses, afin de remporter le premier de trois championnats du monde des pilotes, en 1975.

1976: Hunt et le Nurburgring

Lors de la saison 1976, Lauda se retrouva au cœur d’un duel épique avec le Britannique et sex-symbol de la F1, James Hunt. Les deux pilotes se connaissaient déjà, alors qu’ils compétitionnaient en Formule 3, auparavant.

Pourtant, l’Autrichien dominait la première partie de l’édition 76, avec cinq victoires. Il détenait une avance remarquable de 35 points sur Hunt et 31 sur Jody Scheckter.

C’était avant le Grand Prix d’Allemagne, dixième ronde de la saison.

Un accident qui changea une vie

Après un passage des pneus pluie aux slicks au premier tour, Lauda entama le deuxième tour sur la Nordschleife du Nurburgring (22 km). En abordant le virage Bergwerk, il perdit le contrôle de sa Ferrari et frappa les rails, avant que sa monoplace ne revienne en piste. Elle sera heurtée par d’autres participants.

Lors du premier choc, le casque rouge de Lauda fut arraché et le bolide commença à s’enflammer. L’Autrichien, à moitié inconscient sur le tarmac, respira les émanations d’essence, avant d’être sorti de l’épave par des pilotes et des commissaires.

Très gravement brûlé au visage et affecté par l’inhalation des vapeurs d’essence, Lauda est transporté d’urgence à l’hôpital. Son état était critique. Au moment de recevoir les derniers sacrements de la part d’un prêtre, il l’envoya promener sur le champ, disant qu’il allait survivre.

Lauda n’eut pas tort.

Six semaines après ce terrible accident, il revint au volant de la Ferrari 312T2, lors du Grand Prix d’Italie. C’est avec des plaies pas encore pansées et l’intérieur du casque ensanglanté que le natif de Vienne termina quatrième de l’épreuve, alors que James Hunt abandonna la course. Pendant l’absence de Lauda, le Britannique put retrancher 21 points sur son rival et ami.

Japon 1976

Arrivé au Circuit du Mont Fuji pour le Grand Prix du Japon, dernière manche de la saison, Lauda ne détenait que trois points d’avance sur Hunt. Le dimanche, la pluie s’invita à la fête. Au fil des heures, elle devint de plus en plus intense.

Après le premier tour, Lauda se retira volontairement du Grand Prix, jugeant que les conditions météorologiques ne convenaient pas assez au déroulement de la course. 72 tours plus tard, James Hunt termina troisième, ce qui fut suffisant pour remporter son premier championnat des pilotes. Lauda admit qu’il fut paniqué, de peur de revivre son accident au Nurburgring.

Cette saison 1976, ainsi que la rivalité Hunt-Lauda, inspira le film hollywoodien Rush, réalisé par Ron Howard. Bien que le film montrait qu’ils étaient presque ennemis, en vérité, les deux rivaux étaient de très bons amis. La preuve: à l’aube du Grand Prix des États-Unis Est, à Watkins Glen, Lauda rentra dans la chambre d’hôtel de Hunt, qui était son voisin, et disait, de vive voix: « Aujourd’hui, je vais remporter le championnat (Today, I vin the Vorld Championship) ».

L’après 1976

Bien qu’il revienne au sommet de son art, en 1977, Niki Lauda voit sa relation professionnelle avec Enzo Ferrari se détériorer. Le pilote de 27 ans, à cette époque, fut relégué au rôle de second violon, aux dépens de Carlos Reutemann. Malgré la mauvaise ambiance régnant chez Ferrari, il réussit tout de même à être sacré champion du monde. Il se permit même de quitter l’écurie italienne, avec deux courses restantes au calendrier!

Après la fureur causée à Maranello, Lauda signa chez Brabham, en 1978, alors dirigée par Bernie Ecclestone. Il remporta deux Grands Prix, dont une en Suède, avec la fameuse voiture au gros ventilateur arrière, conçu par Gordon Murray. Il ne parvint à défendre son titre et se contenta du quatrième au classement final.

La saison 1979 fut pire. Après 12 courses, il ne comptait qu’un point, figurant au dernier rang des pilotes. La faute revenait au moteur Alfa Romeo, qui manquait de puissance et de fiabilité. Lors des essais libres du vendredi matin du Grand Prix du Canada, Lauda annonça sa retraite avec effet immédiat. Il était tanné de conduire en rond.

Suite à cette retraite surprise, l’Autrichien se concentra sur sa compagnie aérienne, Lauda Air. Deux ans plus tard, il reçut un appel de Ron Dennis, afin de piloter pour McLaren. Il recevrait un salaire mirobolant de trois millions de dollars. En 1981, une telle somme d’argent était énorme.

Lauda accepta l’offre et ne fit aucunement regretter la décision de Dennis de l’embaucher pour 1982. Il ne perdit pas du tout ses moyens, à son retour, car il gagna le Grand Prix des États-Unis Ouest, à Long Beach. Il répéta l’exploit à Brands Hatch, quelques semaines plus tard.

C’est donc avec une McLaren dominante que Niki Lauda réussit à battre son nouveau coéquipier, Alain Prost, en 1984. Malgré les sept victoires  de Prost durant cette saison, Lauda se montrait plus constant que le Français.

Il remporta un troisième championnat par un demi-point! Cela s’expliquait pas la cessation du Grand Prix de Monaco, arrêté avant que 75% de la distance totale soit complétée. Or, les pilotes recevaient la moitié des points.

Lauda resta pour une saison de plus avec McLaren. Même s’il était sur le déclin, il réussit quand même à remporter le Grand Prix des Pays-Bas. Cela sera le 25ème et dernier triomphe en Formule 1.

À l’âge de 36 ans, il décida de se retirer… pour de bon.

La vie après la F1

Il avait peut-être fini sa carrière de pilote, mais Niki Lauda n’en avait pas fini avec la Formule 1.

Lauda revint chez Ferrari, à titre de consultant. en 1992. Il eut un rôle important dans l’embauche de Jean Todt comme directeur sportif de la Scuderia, début 1993. Lauda quitta encore Ferrari, à la fin de l’année 1995, afin de devenir analyste pour des chaînes de télévision allemande et autrichienne.

Entre temps, le 26 mai 1991, un des avions de Lauda Air s’écrasa lors d’un vol reliant Bangkok et Vienne. Les 223 personnes à bord trouvèrent la mort. Sa compagnie aérienne sera rachetée par Austrian Airlines et les nouveaux propriétaires décidèrent de le remercier.

Suite à cela, il s’impliqua dans le projet Jaguar Racing en 2001, en tant que directeur de l’écurie de F1 ayant racheté Stewart Racing. Il sera congédié par Ford, propriétaire de l’équipe anglaise, l’année suivante.

Ensuite, il fonda une nouvelle compagnie aérienne, FlyNiki, en 2003, avant de la vendre à Air Berlin, huit ans plus tard.

Il effectua un autre retour dans le giron de la Formule 1, avec un emploi chez Mercedes, comme directeur non-exécutif de l’équipe allemande, en septembre 2012. C’est grâce à lui que Lewis Hamilton put signer chez la marque étoilée pour la campagne 2013, en remplacement de Michael Schumacher. De plus, il obtint 10% des parts de Mercedes, alors que Toto Wolff prit 30%.

L’héritage de Niki

En nous quittant, Niki Lauda nous a laissé un bel héritage. Son retour à la compétition, une quarantaine de jours après son terrible accident d’Allemagne 1976, demeure un des plus beaux moments de l’histoire du sport. Imaginez: vous êtes entre la vie et la mort et, ensuite revenir au jeu sans tenir compte de vos blessures. Il n’y a que Lauda qui était capable d’un tel exploit.

En matière de pilotage, il n’était pas le plus flamboyant, mais il savait comment gagner des Grands Prix intelligemment. On le surnommait « L’ordinateur », car il calculait vaillamment son rythme de course, en fonction du niveau d’essence et de l’usure des pneus.

En plus d’être un homme au franc-parler strict, il possédait tout un sens de l’humour. Lauda était quelqu’un capable de blaguer sur ses blessures (et sur le fait qu’il lui manquait un oreille, résultat de cet accident).

 

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This story about Niki Lauda after he won the 1977 South African Grand Prix 👌

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Personnellement, perdre ce grand homme fait mal, car, en apprenant un peu plus sur lui, je me suis rendu compte que la vie ne tient qu’à un fil et qu’il faut savoir être brave. On ne sait pas quand notre tour va passer, alors on fait le maximum qu’on peut pour profiter de la vie.

Profitons de la vie comme Niki Lauda l’a fait, après son accident au Nurburgring, le 1er août 1976.

Auf Widerhausen, Niki.

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