Lewis Hamilton, la diversité et la course automobile (partie 2)

À la suite du décès tragique de George Floyd, à Minneapolis, à la fin mai, plusieurs personnes se sont prononcées contre le traitement des Noirs. Même Lewis Hamilton a eu son mot à dire.


Partie 1: Le combat de Lewis Hamilton


Deuxième partie: plus de diversité

Maintenant qu’on a parlé de la prise de parole de Lewis Hamilton sur les inégalités raciales, rentrons dans quelque chose de plus concret: la diversité en course automobile.

Dans l’univers de la Formule 1, outre Lewis Hamilton, on retrouve du personnel de race noire. Mais il y en a très peu. On peut dire la même chose chez les femmes, malgré la présence de nombreuses chargées de communication. Dans l’ensemble, on pourrait dire qu’il y a 95 à 98% d’hommes blancs dans un paddock de Formule 1.

Il y a un problème.

Dans une chronique que je lisais sur le site Autosport, le journaliste Luke Smith se souvenait d’une photo qu’il avait publiée sur Twitter. Contexte: lors du Grand Prix d’Espagne 2019, les écrans de la salle de presse s’éteignirent brusquement. Smith prit la photo pour se moquer de la situation.

Cependant, quelques internautes ont remarqué que, sur la photo, il n’y a que des hommes blancs.

Je le répète: il y a un problème. Je le répète encore: on pourrait dire qu’il y a 95 à 98% d’hommes blancs dans un paddock de Formule 1.

Le manque de diversité en F1 et dans les séries majeures de course automobile est assez évident.

Le problème

Quand on voit qu’il y a très, très peu de diversité dans ce sport qu’on aime, il faut adresser le problème. C’est ce que Lewis Hamilton fait, mais idem pour Sam Collins, journaliste pour le magazine Racecar Engineering, ont fait au cours des derniers jours.

Sam Collins, journaliste pour le magazine Racecar Engineering

Né à Londres, Sam s’est intéressé à la course automobile à un jeune âge, surtout qu’il habitait pas très loin du circuit de Crystal Palace, un tracé historique (ayant accueilli des courses hors-championnat de Formule 1) qui a fermé ses portes en 1973. Ensuite, il devint pilote dans quelques séries en Europe et aux États-Unis, en plus de travailler dans un magazine de sport auto. À un moment, Hamilton et lui étaient les seuls pilotes de race noire dans les championnats britanniques. Pour la petite histoire, Collins a même conçu des pièces électroniques pour Williams, en 1997… l’année du titre de Jacques Villeneuve!

Dans les deux cas, ils ont dû progresser ardemment dans un domaine où il y a beaucoup d’argent à dépenser et dans un univers où les minorités ethniques ne sont pas représentées. On s’entend que ce n’est pas tout le monde qui peut se payer une saison complète de course. Si Lewis Hamilton a souvent été dénigré par ses pairs, malgré son talent exceptionnel, Collins n’a pas été directement attaqué. Cependant, il en a entendu des vertes et des pas mûres, concernant les races.

Aussi, à l’université, Collins était le seul noir sur 200 étudiants, durant son passage universitaire, alors qu’il entreprenait des études en ingénierie. Ajoutez à cela le fait qu’il y avait quatre femmes dans sa cuvée.

Normalement, ce problème de diversité doit être une priorité pour la Fédération internationale de l’Automobile (FIA), surtout après les actes racistes envers Hamilton, en 2008 (voir première partie du texte). C’est ce qui a été fait. Tout de suite après ces incidents, la FIA a lancé Racing against Racism, une campagne anti-raciste. Depuis, le projet est mort sous le silence total.

Comme si, une fois que l’étape fut complétée, c’était la fin. Du côté de la Formule 1, le problème de diversité a été très peu soulevé. Ce n’est seulement qu’à l’arrivée de Liberty Media, vers la fin de l’année 2016, que ce secret de Polichinelle fut abordé. Mais ce ne furent que des mots.

Réaliser qu’il y a un problème

Depuis quelques années, Lewis Hamilton réalise que le manque de diversité. Il en avait parlé avec Toto Wolff, le patron de Mercedes, en plus de le crier haut et fort dans les médias. Sourde oreille, en quelques sortes.

Avec les récents événements aux États-Unis, il est de plus en plus question de réaliser qu’il y a un problème. Cet exercice ne s’est pas fait seulement qu’en F1. Aux States, la série NASCAR, semble très bien faire ce devoir. Le championnat majeur de stock-car tente de changer son image. Elle est réputée pour avoir une attitude politique assez conservatrice. De plus, des pilotes ont même supporté la candidature présidentielle de Donald Trump, en guise de commandite sur leurs voitures.

Bubba Wallace

Certes, il y a Bubba Wallace Jr. qui court à temps plein en NASCAR, mais il y a eu d’autres pilotes de race noire dans cette série. Il y a eu Wendell Scott, le premier pilote noir à remporter une course de type Grand National, en 1963, et Willy T. Ribbs, qui participa à une épreuve en 1978. Fait intéressant: Ribbs a déjà testé une Formule 1 (1986, avec Brabham)! Ces deux pilotes ont été victimes d’actes et de propos racistes.

Wendell Scott, premier pilote afro-américain à participer à des courses de NASCAR. (Credit: AP Photo)

La culture de la suprématie blanche a longtemps régné en NASCAR et c’est pour éviter de répéter les mêmes incidents des dernières décennies que la série veut aller de l’avant.

En IndyCar, ce fut aussi pire qu’en NASCAR. Dans les années 1920, Charlie Wiggins devait être le premier pilote de race noire à participer aux 500 Miles d’Indianapolis. Malheureusement, la AAA (American Automobile Association) lui refusa l’accès, en raison de sa couleur de peau. Et aussi parce que l’Indiana était l’État de la suprématie blanche. On comptait plus de 250 000 membres du Klu Klux Klan (suffisant pour remplir l’Indianapolis Motor Speedway)…

Willy T. Ribbs, le premier pilote afro-américain à participer aux 500 Miles d’Indianapolis, en 1991

Outre Wiggins, il y eut Ribbs, qui devint le premier Afro-Américain à prendre part au départ du Indy 500, en 1991, et George Mack, premier pilote noir à piloter à temps plein en IndyCar (anciennement lndy Racing League), en 2002. Depuis, aucun autre Noir n’a pris le volant.

À l’exception du communiqué émis par la série, une semaine après la mort de George Floyd, je ne me souviens pas d’initiatives créés ou proposées par la IndyCar, pour accueillir plus de minorités ethniques dans leur catégorie.

Des solutions?

Comment faire pour attirer plus de minorités ethniques en course automobile? Tout d’abord, comprendre qu’il existe un problème de diversité. Ça, c’est réglé.

Ensuite, il faut s’attaquer aux racines même du sport auto: le karting. Sur le site officiel de la Formule 1, le directeur de la compétition, Ross Brawn, a révélé qu’il planche sur un programme de karts, permettant aux jeunes de découvrir la course sans vider les poches de ses parents. La course automobile est une méritocratie financière (parlez-en aux Stroll et Latifi). Pour que toute la structure de ce sport soit accessible, il faut que le karting le soit tout autant.

Dans un podcast que j’ai écouté à trois ou quatre reprises cette semaine, Sam Collins propose de se concentrer sur la promotion de la course automobile dans les grandes villes. C’est ce que Dr. Jonathan Palmer (83 Grands Prix et père de Jolyon) a tenté de faire, avec le circuit de Brands Hatch. Le tracé, hôte de plusieurs Grands Prix de Grande-Bretagne, se situe à une heure de route du centre-ville de Londres. Il voulait inviter les minorités ethniques à assister à des courses et, qui sait, cela pourrait les intéresser à une carrière en sports motorisés.

La FIA doit jouer un rôle très important dans cette solution de manque de diversité. Comme mentionné, il y  a quelques paragraphes, la fédé avait déjà lancé un programme pour contrer le racisme, mais le projet se retrouve à six pieds sous terre. Or, il faudrait que la FIA agisse en conséquence et opte pour un programme permanent de sensibilisation à la diversité ethnique. Pourtant, c’est cette même organisation qui met l’accent sur l’inclusion des femmes en sports motorisés. En bref, je m’attends à beaucoup plus de la FIA.

La NASCAR, quant à elle, a déjà une certaine longueur d’avance sur les monoplaces. Depuis 2004, le championnat de stock-car a implanté le programme Drive for Diversity, un championnat permettant à des pilotes de minorité ethnique de se faire valoir auprès des équipes. Bubba Wallace et Kyle Larson (de descendance japonaise) ont profité de ce programme pour être embauchés dans des grosses écuries. Bon, Larson s’est tiré dans le pied récemment et a perdu son volant avec Chip Ganassi Racing.

En plus, cette semaine, la série a réalisé un gros geste: bannir le drapeau confédéré des circuits. Le drapeau confédéré est souvent lié à l’esclavagisme présent dans le sud des États-Unis,au 18e siècle. Naturellement, la grande majorité des fans ont été outrés de la décision, mais NASCAR s’en fiche pas mal. C’est une grosse avancée, dans le but d’attirer plus d’amateurs des minorités ethniques.

Le drapeau confédéré: un « symbole » qui ne sera plus permis sur les circuits de NASCAR (Crédit photo: Nigel Kinrade/LAT Photo USA)

Au final, il était temps  de ne pas passer par-dessus le manque de diversité. Maintenant qu’on a franchi cette étape, c’est le moment de proposer des pistes de solution et d’agir.

Démarrez une conversation

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *