Lance Stroll: un début de saison au-delà des attentes

Il n’y a aucun doute: à sa quatrième saison en Formule 1, Lance Stroll connaît son meilleur début de campagne en carrière. Le Québécois, fort d’une quatrième place en Espagne, est en train de prouver qu’il a définitivement sa place dans l’élite.

« Fils à papa »… « Il est en F1, car son père a acheté l’écurie »… « C’est le pire pilote du plateau actuel »… C’est ce qu’on retrouve dans 95% des commentaires sur Internet, quand il est question de Lance Stroll. Oui, il ne fait pas l’unanimité auprès des fans, mais il faut reconnaître que le Québécois progresse bien.

Cette année, avec la Racing Point RP20, Stroll a obtenu deux quatrièmes places en Hongrie et en Espagne. Pour la première fois de sa jeune carrière, il a terminé dans le top 5 à deux reprises. Encore mieux: il a atteint la Q3 cinq fois sur six. Depuis son entrée en F1, en 2017, il totalise dix présences dans le top 10 final. La moitié a été inscrite en 2020. Tout ça, sachant que les qualifications ne sont pas son point fort.

Être en F1 est déjà difficile, mais y faire ses preuves l’est encore plus. Surtout quand on porte le label indésiré de « fils à papa ». Or, force est de constater qu’il y a un progrès remarquable de la part de Stroll. Oui, il a une copie de la Mercedes W10, championne du monde des constructeurs 2019, mais il faut la conduire et prouver que la RP20 mérite de jouer les trouble-fête.

« Savoir être constant s’appelle être éclairé. »

Citation de Lao-Tseu

Outre ses performances lors des qualifications, un des aspects que j’ai pu reprocher à Lance Stroll est sa constance. Depuis 2017, son année recrue en F1, il a aligné quelques belles courses, avant de retomber dans des journées médiocres. Oui, il ne possédait pas les voitures lui permettant de rester constant, mais il aurait pu faire mieux dans certains Grands Prix.

Cette saison, c’est beaucoup plus clair, malgré quelques contre-performances. On l’a vu, lors des deux épreuves à Silverstone. Alors que son coéquipier Sergio Perez a contracté la COVID-19, il s’est qualifié devant Nico Hülkenberg, pendant le Grand Prix de Grande-Bretagne, avant de voir ce dernier placer la voiture rose en troisième position, le weekend suivant.

Oui, le Hülk a été meilleur que Stroll à Silverstone II, mais on parle ici d’un vétéran de neuf saisons avec une pôle position, de très solides performances et une victoire aux 24 Heures du Mans 2015. Certes, ce fut deux Grands Prix décevants pour Stroll, mais on ne peut pas lui reprocher grand chose. Il a ramené la monoplace dans les points, sans commettre la moindre erreur, ni d’accidents.

Il y a la constance en course, mais aussi en qualifications. Entre 2017 et 2019, le pilote de 21 ans a perdu ses duels contre ses coéquipiers deux fois sur trois. En 2017 et 2019, il a été battu à plate couture par Felipe Massa (16 à 3) et par Sergio Perez (18 à 3). La seule fois où il a remporté ce duel fut en 2018, alors qu’il avait Sergey Sirotkin, une recrue russe, comme équipier. Le résultat: 13 à 8, en faveur du Montréalais.

Jusqu’à présent, en 2020, Stroll est à égalité avec Perez (2 à 2) et avec Hülkenberg (1 à 1). Notons sa troisième place en Hongrie, pendant les qualifs’. En un an, le Québécois est passé d’abonné des éliminés de la Q1 à un aspirant régulier au top 10. C’est sûr, posséder une voiture rapide aide, mais il faut prouver qu’elle est rapide. Elle ne se conduit pas seule.

Mets-toi à l’aise, Lance

Autre chose que j’ai remarqué, au fil du temps, c’est sa conduite, en général. Dès les premiers essais du vendredi, en Australie en 2017, j’ai vu que Stroll maniait assez difficilement sa monoplace. Cela entraînait beaucoup d’erreurs et de résultats inconstants. Ça s’est amélioré, à chaque saison, mais pas assez pour obtenir de bons résultats. C’est comme s’il conduisait tout le temps sous pression.

Au lendemain de sa troisième place aux qualifications du Grand Prix de Hongrie, la F1 a publié une vidéo où on comparait les tours de 2019 et 2020 de Stroll.

Il y a une différence énorme. Il est, effectivement, plus à l’aise à bord d’une Formule 1. Cela se voit mieux cette année. N’oublions pas qu’il n’a que 21 ans (22 en octobre), donc il a encore amplement le temps de s’améliorer.

On s’entend tous que la RP20 est rapide, malgré tout ce que l’on peut dire sur cette monoplace, mais il faut que le pilote au volant la place à une bonne position.

Stroll: le maître des départs

Lance Stroll (à gauche), en train de surprendre Valtteri Bottas au départ du GP d’Espagne (Crédit photo: Xavi Bonilla/DPPI)

« La raison pour laquelle Lance Stroll gagne beaucoup de places au départ est parce qu’il part souvent de loin. »

C’est vrai, je suis tout à fait d’accord. Cependant, un bon départ lors d’un Grand Prix est absolument vital pour la suite. Non seulement cela place le pilote dans une excellente position pour obtenir un bon résultat, mais cela offre à son écurie une opportunité de maximiser la stratégie sélectionnée.

Le départ qu’on a vu, durant le Grand Prix d’Espagne, où il passe de la cinquième à la troisième place, montre que le Québécois excelle dans cet aspect autant en arrière qu’en avant du peloton. Réussir à se débarrasser d’une Mercedes, la meilleure voiture du plateau, n’est pas une tâche facile. C’est ce que Stroll et Max Verstappen ont réussi à faire, en dépassant Valtteri Bottas.

Il lui est arrivé de se retrouver dans des accrochages au premier tour. À la maison, à Montréal en 2018, il s’est accroché avec la Toro Rosso de Brendon Hartley. Fin de la course pour les deux belligérants. Quelques courses plus tard, aux États-Unis, il a rendu Fernando Alonso furieux (c’est pas difficile), en le tapant après quelques virages. Le Québécois a connu une épreuve solitaire, terminant aux bas fonds du classement final de la course. Outre ces moments, Stroll a été pas mal propres dans ses départs.

« Oui, mais Stroll n’a pas de talent »

C’est une phrase que l’on retrouve assez souvent sur les réseaux sociaux. Je ne sais pas si c’est de la haine envers le pilote ou une incompréhension du personnage qui nous fait sortir ces genres de propos, mais j’ai connu des pilotes qui ont laissé une mauvaise marque en Formule 1.

Des pilotes payants (si on met Lance Stroll dans cette caétgorie), il y en a toujours eu en course automobile. Cependant, de nos jours, il est carrément impossible d’acheter une Superlicence  de la FIA. Pour pouvoir participer à une course, voire une saison de F1, il faut obtenir au moins 40 points sur un total de trois saisons.

Or, il a remporté les championnats de F3 européenne (2016), de Toyota Series (2015) et de F4 italienne (2014). Ce n’est pas quelque chose qui est facile. Aussi: est-ce que quelqu’un qui n’est pas talentueux ne récolterait pas un podium sur un circuit où presque tout le monde, sauf lui, a commis une erreur? Je parle son podium à Bakou, en 2017.

Est-ce que quelqu’un qui n’est pas talentueux se qualifierait devant deux Ferrari, lors d’un Grand Prix d’Italie complètement trempé, pour hériter d’une première ligne?

Soyons clairs: Stroll n’est pas encore à un niveau où il pourrait se battre constamment pour des podiums (pour le moment), mais il faut admettre que le jeune fait des progrès. Je suis toujours d’avis qu’il aurait dû passer par la Formule 2, afin de parfaire son pilotage, mais il est trop tard. Que ce soit avec ou sans la F2, l’apprentissage de la F1 est très difficile. Cela prend de la patience (ce que plusieurs personnes ne possèdent guère), avant de voir le vrai pilote.

Même s’il devait gagner un Grand Prix de Formule 1 dans le futur, Lance Stroll ne sera pas le préféré des fans et c’est compréhensible. Cependant, il est quand même important de reconnaître la bonne progression du Montréalais.

Stroll 1er? Ça s’est produit une fois… lors des essais libres

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