Grand Prix du Canada 1978: retour en arrière historique

(Crédit: Pierre Mailhot, courtoisie)

Le Grand Prix du Canada 2018 sera spécial. On fêtera non seulement quarante ans de Formule 1 à Montréal, mais aussi la toute première victoire d’un Canadien dans la catégoire de sport auto la plus populaire au monde. Le dimanche 8 octobre 1978, il y avait plus de 70 000 spectacteurs au tout nouveau circuit de l’Île-Notre-Dame, dont Pierre Mailhot, un amateur de F1 de longue date.  Le Bulletin F1 l’a rencontré pour nous parler de cette journée mémorable. Voici l’entrevue!

Le Bulletin F1: Pierre, peux-tu me décrire l’ambiance au Circuit de l’Île Notre-Dame?

Pierre Mailhot: Journée historique. C’est la première fois que je prenais le métro à partir de la station Monk, qui venait d’ouvrir quelques jours auparavant, en septembre 1978. Un gros billet d’admission générale à 10$, auparavant. J’y suis allé avec mes deux meilleurs amis à l’époque : mon cousin Sylvain Picard, ainsi que notre ami commun Guy Martel. Nous avions 14 ans et nous suivions les péripéties de Gilles Villeneuve via les journaux et magazines comme AutoHebdo ou Sport Auto, qui arrivaient un mois ou plus en retard au Québec. Les Grands Prix n’étaient pas encore diffusés en direct ou même en différé à cette époque. Il y avait des résumés de la course au Canal 10 (TVA, aujourd’hui) dans le temps.

Il faisait « frais », pour ne pas dire « froid » ce jour-là. Les gens n’avaient pas encore la fièvre Villeneuve, qui deviendra le slogan du Grand Prix en 1979.

LBF1: Quelles étaient tes premières impressions de ce nouveau tracé?

Le circuit Gilles-Villeneuve, en 1978 (Crédit: Archives de Montréal).

PM: À l’époque, les pilotes (dont le célébrissime Mario Andretti) trataient déjà le circuit de « Mickey Mouse », car ce n’était pas un circuit urbain tradtionnel comme Long Beach ou Monaco. Ils disaient aussi que ce circuit avantagerait les Ferrari. Il me paraissait bien. C’était simple. Pas trop de flafla autour du circuit. On voyait clairement que cela avait été terminé juste avant la fin de semaine du GP. Ce n’est rien, comparé aux dernières éditions.

LBF1: Est-ce que la fièvre de la Formule 1 s’était emparée de la ville, avant les premiers tours de roue au désormais Circuit Gilles-Villeneuve? Retrouvait-on des festivités au centre-ville, comme on en voit de nos jours?

PM: J’avais 14 ans à l’époque 😊! Je ne me souviens pas d’activités sur Crescent ou sur Peel, par exemple. La fièvre s’est vraiment emparée de la ville en 1979. Christian Tortora (ancien consultant F1 à RDS et qui est maintenant à TVA Sports), qui était à CJMS (ancienne radio montréalaise) à l’époque, faisait la tournée des centres d’achats les week-ends sans Grand Prix avec une vieille F1. J’ai beaucoup jasé avec Torto, cet été-là.  Et c’est durant ces rencontres que j’ai fait la conaissance de mon bon ami André Leclerc, avec lequel j’assiste àau Grand Prix du Canada depuis 1979.

LBF1: Où étais-tu assis pour la première édition?

PM: Je me souviens exactement de cet endroit. Si tu regardes le circuit actuel, j’étais déjà dans ce qui allait devenir le coin Senna beaucoup plus tard. J’étais assis par terre, au bout du futur gradin 11. Entre la tribune et la passerelle qui enjambe le circuit. C’était magnifique, malgré le froid.  En fait, j’ai toujours été assis dans ce coin sauf en 1979, quand « Le club des amis de Gilles Villeneuve » avait réservé des places dans une estrade où se trouve maintenant l’entrée des puits.

Il faut savoir que les puits étaient plus à l’est, un peu avant la ligne droite du Casino (il n’y avait pas de casino, non plus… 😊).

LBF1: Quelles étaient les courses de soutien, en attendant le « plat principal »?

PM: Ouf! Tu vas me forcer à aller voir mon programme de 1978, si je peux le retrouver! Je crois qu’il y avait eu une course de Formule Atlantique le samedi que mononcle Jacques Villeneuve avait gagné, mais je n’y étais pas. Je te dirais probablement de la Honda Civic, Formule Ford et de la Production.

(LBF1: Voici le résultat des quatres courses, dont le GP du Canada, tenues le 8 octobre 1978.)

LBF1: Outre Gilles Villeneuve, avais-tu un pilote préféré que tu avais hâte de voir?

PM: Pas vraiment. Peut-être Scheckter avec l’équipe canadienne Wolf. Et il allait devenir pilote Ferrari en 1979 avec Gilles.

LBF1: Lorsque Jean-Pierre Jarier a dû abandonner, octroyant la tête de l’épreuve à Gilles, j’imagine que la foule s’est exclamée de joie, malgré le froid typique d’octobre.

PM: Un monsieur assis près de nous faisait le tour par tour et nous demande si on a vu passer Jarier. Non… Gilles est en tête. C’est soudainement la folie furieuse partout sur le circuit. Les encouragements fusèrent de partout. Les derniers tours étaient stressants. Chaque passage de Gilles devant nous déclenchait les passions.

LBF1: Tout de suite après la victoire de Villeneuve, es-tu allé proche du podium pour le féliciter?

PM: Le podium était malheureusement à l’autre bout du circuit à l’époque.

Crédit: Getty Images

LBF1: Avançons dans le temps: quel est ton Grand Prix à Montréal préféré?

La première (et unique) victoire de Jean Alesi en Formule 1, le 11 juin 1995, jour de ses 31 ans.

PM: 1978? *rires* Il y a eu quelques moments mémorables. 1995, la seule victoire de Alesi en F1. 2008, la victoire de Kubica un an après son terrible accident. 2011, la course la plus folle de Jenson Button. 2014, la première victoire de Daniel Ricciardo. 1989, la première victoire de Thierry Boutsen. 1996, l’arrivée de Jacques Villeneuve en F1. 2007, la première victoire de Lewis HamiltonEt l’accident d’Alexander Wurz, en 1998. Tellement de moments extraordinaires à Montréal depuis 40 ans.

LBF1: Le Circuit Gilles-Villeneuve a énormément changé en 40 ans. Si tu avais à choisir entre l’environnement de 1978 et celui de 2018, pour lequel opterais-tu?

PM: Regarde le vidéo de la course de 1978. Il n’y a aucune comparaison possible. Celui de 2018 sans même y réfléchir 5 secondes.

LBF1: Finalement, qui remporte la course ce dimanche?

PM: Tu veux savoir mes choix pour notre pool de F1, c’est ça?

Ce sera une bataille à finir entre Hamilton et Sebastian Vettel. Montréal étant un circuit de moteurs et de freins, Ricciardo sera trop loin. Mais si les conditions s’y prêtent, j’aimerais bien voir Max Verstappen gagner.
Pierre Elliott Trudeau félicitant Gilles Villeneuve, après sa victoire en 1978.
Et en cas de miracle, Lance Stroll. Pourquoi? Pierre Elliott Trudeau était Premier Ministre du Canada quand Gilles a gagné et Justin Trudeau serait Premier Ministre si Lance gagne. On peut rêver.

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