La Formule 1 a besoin de Miami dès 2019

Ce qui était une rumeur est devenue une réalité. La Formule 1 aura un Grand Prix à Miami, en octobre 2019. Le gouvernement municipal a voté en de la tenue de l’événement. On aura donc deux courses aux États-Unis dès la saison prochaine. Cependant, ce n’est pas la première fois. D’ailleurs, pourquoi la Formule 1 en a besoin de deux?

make f1 great again (in the us)

1982 Caesars Palace Formula One race
Las Vegas, une des dix villes américaines à accueillir la Formule 1.

Depuis sa création en 1950, la Formule 1 a visité dix villes du pays de l’Oncle Sam: Austin (2012-), Phoenix (1989-1991), Detroit (1982-1988), Long Beach (1976-1983), Watkins Glen dans l’État de New York (1961-1975), Riverside en Californie (1960), Sebring en Floride (1959), Dallas (1984), le stationnement du Caesars Palace de Vegas (1981-1982) et Indianapolis (1950-1960 dans le cadre des 500 Miles; 2000-2007). Pendant des années, on allait deux fois aux States au cours de la même campagne, même trois! Populariser ce sport européen outre-Atlantique a souvent été le rêve des instances de la F1. Pendant presque trois décennies, Bernie Ecclestone a tenté en vain d’établir le Grand Cirque à New York City.

La série Champ Car, une des dernières courses ayant eu lieu dans les rues de Miami. (Crédit: Darrell Ingham, Getty Images)

Pour que cette course automobile soit aussi apprécié que l’IndyCar/CART et le NASCAR, il fallait visiter les grandes villes de cette magnifique contrée. Dixit Elvis Gratton: « Think big, ‘sti« . C’est exactement ce que Liberty Media veut faire, avec Miami en 2019. D’ailleurs, la métropole floridienne n’en est pas à sa première expérience en termes de courses de voitures. De 1983 à 2009, des épreuves d’endurance et d’IndyCar eurent lieu dans leurs rues, sans oublier la Formule E en 2015.

Or, avec le succès retentissant que connaît le Circuit des Amériques à Austin, l’opportunité d’accroître l’estime qu’ont les Américains envers la F1 est là. Dans une ville n’ayant pas besoin de présentation, il faut chercher à agrandir stratégiquement la fanbase états-unienne. Donc, cela fait de Miami un choix favorable. Sans oublier que les côtes d’écoute de la série NASCAR sur FOX et d’IndyCar sur NBC/ABC sont un peu en chute libre depuis le début de leurs saisons respectives.

Dans un marché aussi énorme que celui des USA, avoir un seul Grand Prix de Formule 1 n’est pas assez. Il y a de la place pour deux ou trois courses aux States. Cependant, c’est la façon de les organiser qui change la donne.

Un Grand Prix dans le parking de l’hôtel le plus connu au monde (avant l’arrivée de Céline), c’est non. Une course en plein été texan, c’est aussi non. Aller dans une ville arizonienne où personne ne savait qui était Ayrton Senna, c’est N-O-N! C’est pourquoi la catégorie majeure de course automobile au monde a de la difficulté à s’établir là-bas. Alors, il faut bien choisir ses endroits et les circuits.

Apparemment, Miami ne réalise pas un bon départ. Le tracé proposé est moyen, soyons honnête. Quand Lewis Hamilton dit « nah bruh » au circuit en question, c’est que ça part mal. Heureusement, il est situé à des places stratégiques. Les voitures passeraient autour du port de Key Biscayne, lieu du ePrix de Miami en 2015, et sur le pont menant au Port de Miami avant de retourner au centre-ville. Certaines portions de la piste ont déjà été utilisées pour d’autres courses. Par contre, il devra être amélioré…

Le possible circuit urbain de Miami. (Crédit: Ken Russell, Twitter)

tester le nouveau système de liberty media

Sean Bratches, directeur des opérations F1 (Crédit: Christophe Archambault, AFP)

Oui, ce Grand Prix sera entièrement neuf, mais ce sera aussi le premier de l’ère post-Ecclestone. Ce n’est pas surprenant: Liberty Media veut tester de nouveaux marchés, sur des circuits urbains. La raison est simple: plus le circuit est proche du centre-ville, plus cela crée un engouement énorme auprès des fans (sauf si c’est dans une zone résidentielle. Montréal a compris la leçon). Outre Miami (et quelques autres cités américaines), Hanoi, Buenos Aires et Copenhague figurent dans leur plan.

Stephen Ross, propriétaire des Dolphins de Miami et possible promoteur du Grand Prix F1 de Miami.

Pour organiser l’épreuve en sol floridien, les propriétaires ont fait appel à Stephen Ross, actionnaire des Dolphins de Miami dans la NFL. Outre cette équipe qui a osé recruté Jay Cutler en 2017, Ross est le propriétaire de RSE Ventures, une organisation qui gère des événements sportifs à Magic City. Sa compagnie serait donc en charge de la tenue d’un Grand Prix de Formule 1. Il ne reste plus que quelques trucs à régler, dont un: l’argent. Miami devra-t-elle payer avec les fonds publiques? Actuellement, il existe un problème avec les frais d’inscription au calendrier auquel les promoteurs font face. C’est trop cher et certains ont du mal à effectuer la transaction (des Grands Prix ont réalisé des pertes incroyables récemment, comme Silverstone par exemple).

Liberty Media ne doit pas produire la même erreur que Tonton Bernie avait faite avec la course au New Jersey, en 2013. Le contrat était signé, le circuit déjà dessiné, mais il manquait le pognon. Pourtant, on aurait eu un Grand Prix avec les buildings de New York en arrière-plan… Or, il semblerait que Liberty et le promoteur local s’arrangeraient pour que Miami n’ait pas à payer de frais. Seule la Principauté de Monaco ne doit rien à la Formula One Management (FOM), parce que c’est une course spéciale. Cela veut dire que la F1 perdra de l’argent et non la ville. Comme le dirait si bien Marc Bergevin: « It’s on them« . À mon avis, c’est une manière de préserver les courses, à la place d’en perdre, comme c’est le cas pour certains d’entre eux.

C’est un secret de Polichinelle: les dirigeants veulent se rendre à 25 courses maximum. En ajoutant trois ou quatre autres épreuves et en supprimant le GP d’Allemagne, le cap serait atteint facilement. Par contre, il faudrait réduire le format des courses. Il était question de changer le format des qualifications et même de supprimer la journée du vendredi! Si les qualifications en mode « sprint » et le Grand Prix tel quel fonctionnent bien à Miami, on qualifierait instantanément Liberty Media de génies (pas au même niveau que Jean Leloup). On voulait que ces courses soient comme des matchs du Super Bowl, alors le spectacle doit être au même niveau.

Dans un pays où le NASCAR et l’IndyCar continuent de régner, la Formule 1 doit mieux s’implanter aux États-Unis que dans le passé. Peut-être que Miami est la solution au problème de Liberty Media. Ce Grand Prix en sol floridien devrait être indicateur de la nouvelle stratégie pour développer le marché (et un certain rêve) américain, ainsi que la F1 des prochaines années.

 

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