AVANT-COURSE GP IMOLA 2020: tout ce que vous devez savoir

La Formule 1 revient sur un circuit qui détient sa part dans l’histoire du sport: Imola. La F1 n’avait pas visité le tracé italien depuis 2006, dans le temps du Grand Prix de Saint-Marin. En 2020, le circuit accueille un nouveau Grand Prix, dans un format très inhabituel. Voici tout ce que vous devez savoir du Grand Prix d’Émilie-Romagne.

Pourquoi Émilie-Romagne?

Comme ce fut le cas lors du Grand Prix de l’Eifel, au Nurburgring, la Formule 1 a décidé de donner un sobriquet en l’honneur de la région où se situe la piste. Dans le cas d’Imola, le circuit est localisé dans la vallée italienne, dont la ville principale est Bologne.

Il s’agit du troisième Grand Prix différent que Imola accueillera. En effet, en 1980, il recevait une course du championnat du monde pour la première fois de leur histoire. Et pas n’importe quelle épreuve. Il s’agit du Grand Prix d’Italie. Normalement organisé à Monza, le GP fut déplacé à Imola, en raison des rénovations ayant lieu sur la Piste magique. Avec le succès retentissant de l’édition 80, la Formule 1 retourna à l’Autodrome Enzo e Dino Ferrari l’année suivante, dans le cadre du Grand Prix de Saint-Marin.

Afin d’éviter d’avoir deux Grands Prix d’Italie dans la même année, les instances de l’association du sport automobile (ASN) de Saint-Marin décidèrent de postuler pour organiser une course à Imola. Ce fut un succès, car la course fut disputée entre 1981 et 2006.

Une fin de semaine de deux jours (!)

Pour la première fois de l’histoire de la Formule 1, une fin de semaine de Grand Prix sera tenue en deux jours. On va exclure celle du Grand Prix de l’Eifel, à la mi-octobre, car les essais du vendredi furent annulées en raison des mauvaises conditions météorologiques.

Un tel format s’explique par le transport entre Portimao, hôte du Grand Prix du Portugal, la semaine dernière, et Imola. Le trajet est très long entre le point A et B! Les équipes ont donc profité d’une journée supplémentaire pour se déplacer d’un circuit à un autre.

Il y aura une séance d’essais, le samedi matin, durant 90 minutes (contrairement aux 60, pendant un week-end habituel, à ce même moment). Quelques heures plus tard, ce seront les qualifications au format traditionnel. Le lendemain ne change aucunement. La course sera disputée le dimanche, mais à 13h10, heure locale (7h10, heure du Québec). Avec le changement d’heure en Europe, la semaine dernière, la course doit rester dans un délai de quatre heures avant le coucher du soleil (merci au Grand Prix du Canada 2011).

Comme cette génération de bolides n’a jamais roulé à Imola, l’unique séance d’essais libres est primordiale pour maîtriser la piste. Kimi Raïkkönen est le seul participant à prendre part au Grand Prix de Saint-Marin, en 2006. Il avait fini cinquième. Certains pilotes ont roulé dans les catégories junior. Lance Stroll a remporté le championnat de Formule 3 européenne, en 2016, sur ce circuit. Avant le début de la saison écourtée, AlphaTauri a réalisé une séance de déverminage sur cette piste avec Daniil Kvyat et Pierre Gasly au volant de la AT01 et du châssis 2018.

Malgré toute son expérience, Sebastian Vettel n’a jamais roulé à l’Autodromo Enzo e Dino Ferrari dans sa carrière! Cependant, il avait déjà mis les pieds sur ce tracé, en tant que réserviste pour BMW Sauber en 2006. Quant à Lewis Hamilton, il avait participé aux épreuves de GP2 (Formule 2) en 2006. Lors de la course 1, il fut disqualifié pour avoir dépassé la Voiture de sécurité. Dans la course 2, il termina dixième, ne marquant pas de points.

Des idées pour les prochains calendriers?

Le format de deux jours, bien qu’il soit expérimenté pour la première fois cette année, n’est pas un sujet nouveau.

L’an dernier, lors du Grand Prix du Canada, cette idée fut dévoilée par la Formula One Management (FOM), dans le but d’insérer plus de courses dans le calendrier annuel. Or, un tel format permettra aux équipes de profiter d’une journée de plus pour se déplacer.

Éliminer les essais du vendredi résulterait à moins d’accumulation de données, donc peut-être plus d’imprévisibilités, surtout sur des nouveaux circuits. Mais est-ce que cela sera bon pour le spectacle? Tout dépend des courses. On peut avoir le cas du Grand Prix des États-Unis 2018, où Kimi Raïkkönen a remporté cette épreuve, alors que Lewis Hamilton et lui étaient sur des stratégies différentes, alors que les essais du vendredi furent marées par la mauvaise température. L’autre extrême, c’est celui de l’Eifel, où, au final, on aurait dû avoir un doublé Mercedes, n’eut été de l’abandon de Valtteri Bottas.

Avec cette saison hors du commun, mieux vaut expérimenter ce format et voir si cela fonctionne ou non.

Imola: l’histoire avec un grand « H »

Pour les amateurs de Formule 1, Imola appartient énormément à l’histoire de ce sport automobile. Déjà que le seul Grand Prix d’Italie ayant eu lieu à l’extérieur de Monza fut en 1980, sur ces terres, le premier chapitre fut déjà écrit.

Quand la F1 revint à l’Autodromo Enzo e Dino Ferrari en 1981, pour le premier Grand Prix de Saint-Marin, c’est Nelson Piquet (Brabham) qui remporta la première édition. L’année suivante, les tifosis assistèrent au duel entre les pilotes Ferrari, Didier Pironi et Gilles Villeneuve. Malgré des consignes d’équipe et un pacte de non-agression, Pironi dépassa Villeneuve pour la tête de la course et, ainsi la victoire. Enragé, Villeneuve affirma ne plus jamais parler à son ami Pironi. Le Grand Prix suivant, en Belgique, vit Gilles Villeneuve perdre la vie après un accident lors des qualifications.

En 1983, un an après cette guerre intra-équipe, Patrick Tambay redonna au numéro 27 de Ferrari ses belles lettres de noblesse. Le Français remporta l’épreuve de Saint-Marin, devant ses compatriotes Alain Prost et René Arnoux. Encore à ce jour, c’est l’unique podium où trois représentants de la France se partagèrent les trois marches du podium.

Fort de sa première victoire en carrière, au Portugal, Ayrton Senna passa proche d’en enregistrer une deuxième consécutive, lors de l’édition 1985 à Imola. Malgré un duel avec la McLaren d’Alain Prost, le Brésilien, au volant de sa Lotus, manqua d’essence et permit à Prost de remporter la course. Cependant, le Professeur fut disqualifié, car sa McLaren fut pesé en deçà du poids limite, permettant à Elio de Angelis de gagner une course de F1 pour la deuxième et dernière fois de sa carrière.

Pour 1989, les frictions entre Senna et Prost débutèrent dès ce Grand Prix de Saint-Marin. Avant la course, les deux belligérants, alors coéquipiers chez McLaren, décidèrent de que celui qui atteignait Tamburello en premier serait le vainqueur de cette course (la troupe de Ron Dennis étant la meilleure du plateau). Malheureusement, le violent accident de Gehrard Berger à Tamburello força la sortie du drapeau rouge. Aux yeux de Prost, le deuxième départ représentait un recommencement du pacte, alors que Senna pensait l’inverse. Lorsque le départ de la course fut donnée, les deux pilotes se battirent jusqu’au virage Tosa, avec Senna remportant la main. Ainsi, la rivalité devint enflammée, jusqu’à Suzuka…

1994: le Grand Prix à oublier

Malgré le seul et unique podium de JJ Lehto en F1 en 1989, le spin-o-rama de Nigel Mansell en 1990 et la colère de ce dernier en 1991, l’édition 1994 est malheureusement celle qui restera dans la mémoire collective des fans de Formule 1.

Vendredi, Rubens Barrichello (Jordan) fut hospitalisé après un vol plané à la Variante Bassa, la chicane avant la ligne de départ/arrivée. Barrichello souffrit de blessures au poignet et d’un nez cassé.

Samedi, la recrue Roland Ratzenberger fut tué, à la suite d’une rupture de son aileron avant. L’Autrichien , à bord de sa Simtek, tapa violemment le mur au virage Villeneuve. Il décéda des suites de ses blessures au crâne.

Dimanche, Ayrton Senna, dérangé par les tristes événements, mena la course, alors qu’il partait en pôle position pour la 65ème… et dernière fois de sa carrière. Au septième tour, la WIlliams du légendaire Brésilien bifurqua vers la droite, avant de frapper le mur de Tamburello. Senna fut tué instantanément, à 14h17 (heure locale), mais sa mort fut officielle à 18h40 (heure locale).

Lorsque la course reprit, Michael Schumacher s’envola vers la victoire, devant Nicola Larini (Ferrari) et Mika Hakkinen (McLaren). La joie de Larini d’inscrire son seul podium en F1 a été gâchée par un accident au départ entre Letho et la Lotus de Pedro Lamy (les débris projetés ont blessé des spectateurs), des mécanos de Ferrari et de Lotus blessés par une roue libre de la Minardi de Michele Alboreto et, surtout, la perte de Roland Ratzenberger et d’Ayrton Senna.

1995: une nouvelle ère

Suite aux événements tragiques de mai 94, Imola décida de modifier son circuit. En 1995, des grandes chicanes furent installés à Tamburello et à Villeneuve. Celle de Acque Minerale est supprimée, en faveur d’un simple virage à droite, avant une montée vers Variante Alta. La Variante Bassa, la dernière série de virages, n’est plus un arrêt d’autobus avec des gros vibreurs. Elle devient une chicane.

Imola pré-1994 (via statsf1.com)

 

Imola depuis 1995 (via statsf1.com)

Un an après avoir perdu son coéquipier sur ce circuit, Damon Hill donna à Williams une victoire émotive. Le Britannique répétera l’exploit, en 1996, alors que Michael Schumacher termina deuxième à trois roues (un disque de frein avait explosé dans les derniers mètres).

Son successeur chez Williams, l’Allemand Heinz-Harald Frentzen, remporta sa première victoire en F1 en 1997.

1998 à 2006: le règne des Schumacher

En 1998, David Coulthard, celui qui remplaça Ayrton Senna chez Williams en 1994, gagna pour McLaren, mais, ensuite, ce fut le règne des Schumacher.

Michael domina à Imola et cela commença en 1999. Profitant d’une des deux erreurs coûteuses de Mika Hakkinen durant cette saison (toutes deux survenues en Italie), Schumi donna à Ferrari un premier triomphe en Émilie-Romagne depuis Patrick Tambay, en 1983. Il fit de même en 2000.

Schumacher gagna encore en 2001, mais pas le Baron Rouge. Ralf Schumacher remporta sa toute première victoire en F1, au volant d’une Williams. Lors de la même course, Michael abandonna.

L’aîné des Schumacher reprit la couronne en 2002. En 2003, Michael gagna cette épreuve, quelques heures après avoir appris le décès de sa mère. Suite à la course, Ralf et lui ont quitté Imola pour être auprès de la famille.

Un jeune Jenson Button surprit la planète F1 en inscrivant sa première pôle position, avec une BAR-Honda, en 2004. Malheureusement, Michael Schumacher n’avait pas dit son dernier mot et partit avec le trophée du vainqueur, sans avoir vu Juan Pablo Montoya

Toute bonne chose a une fin. C’est qu’un jeune Espagnol de 23 ans a compris. Son nom? Fernando Alonso.

En 2005, le pilote Renault remporta sa troisième victoire de la campagne, en résistant brillamment aux attaques de Michael, parti 13e. Ce dernier se vengea, avec un succès en 2006, devant Nando et Juan Pablo Montoya (McLaren). Schumi a, cette fois-ci, vu Montoya.

2006 fut la dernière course de Formule 1 à Imola et c’est Michael Schumacher qui eut l’honneur d’être le dernier vainqueur… avant cette fin de semaine.

Le circuit

Situé à 40 kilomètres au nord-est de Bologne, l’Autodrome Enzo e Dino Ferrari a été construit en 1953 comme circuit temporaire. La première version du tracé ne comportait aucune chicane. Juste des lignes droites et des virages rapides. La piste fut modifiée en 1972.

Officieusement, Imola compte 21 virages. Officiellement, Imola compte 19 virages (aux yeux de la FIA). Alors on va se fier à la FIA pour le décompte des virages.

La « nouvelle » version de Tamburello est le premier endroit où les pilotes pourront effectuer des dépassements. Ensuite, après avoir négocié l’enchaînement gauche-droite de Villeneuve, l’autre point  de dépassement se retrouve à l’épingle de Tosa, là où Schumacher… je vous laisse deviner la suite. Les dépassements pourraient être faits par l’extérieur, mais les pilotes devront savoir que Piratella (virage 8) se négocie à pleine vitesse, avant d’atteindre le magnifique Acque Minerale (mon virage préféré d’Imola).

La Variante Alta, la petite chicane, nous mène vers RIvazza, un virage en descente qui n’est pas facile à prendre, surtout avec le bac à gravier aux abords de la piste qui attendent nos héros.

Après Rivazza, les voitures rouleront à pleine vitesse, passant par la ligne de départ/arrivée. La Variante Bassa a été enlevée de la configuration originale, afin de redonner à Imola l’image de circuit de haute vitesse.

Après l’édition finale du Grand Prix de Saint-Marin 2006, le circuit fut rénové, avec la construction d’un nouveau paddock. Imola détient la Grade 1 depuis 2011 (la Grade 1 est la licence offerte par la FIA pour que tout circuit soit en mesure d’accueillir la Formule 1).

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