La course automobile: un sport éternellement dangereux

Samedi, lors d’une course de Formule 2 en Belgique, le pilote français Anthoine Hubert a trouvé la mort dans un accident effroyable. Le décès tragique du Français est un triste rappel du danger inhérent en course automobile.

Samedi matin, sur la route du Vermont. Je regarde mon téléphone qui obtient du réseau cellulaire américain. Je consulte Twitter, afin d’obtenir les résultats des qualifications du Grand Prix de Belgique. Au lieu d’apprendre que Charles Leclerc a obtenu la pôle, je lis qu’il y a eu un terrible accident en Formule 2, impliquant quelques pilotes. Si deux d’entre eux, Giuliano Alesi et Marino Sato, n’ont souffert d’aucune blessure, ce fut plus inquiétant pour Juan Manuel Correa et Anthoine Hubert. En continuant mon chemin vers le New Hampshire, je perdis la réseau.

Quand la connexion revint, mon téléphone vibra avec des alertes de RDS et de Radio-Canada:

Le pilote français Anthoine Hubert s’est tué lors d’une course de Formule 2 à Spa-Francorchamps, en Belgique.

Énorme électro-choc.. J’étais encore loin de ma destination et mes vacances étaient partiellement ruinées. Mourir à 22 ans… Quelle tristesse.

Anthoine Hubert (1996-2019)

Avant d’atteindre les championnats juniors internationaux, Anthoine Hubert remporta le championnat de Formule 4 française, en 2013. En 2019, le Français disputait sa première saison en F2, la dernière étape avant d’atteindre la Formule 1. Il arrivait de l’ancienne série GP3 comme champion de la campagne 2018. Le dernier champion de la série, car celle-ci fusionnait avec la Formule 3 européenne pour devenir la F3 internationale. En plus, Hubert avait remporté deux épreuves cette année, dont une à la maison, au Circuit Paul-Ricard. Hubert était même surnommé le « Quatrième mousquetaire », lui qui a participé aux catégories juniors de karting de la Fédération française du sport automobile (FFSA) avec Charles Leclerc, Pierre Gasly et Esteban Ocon, dès 2005.

Anthoine Hubert savourant sa première victoire en Formule 2, à Monaco.

Il ne se battait pas pour le titre, mais, avec la forme qu’il présentait, il aurait pu se présenter comme un prétendant au titre pour 2020, avec une écurie de pointe comme DAMS, ART GP et cie. De plus, Anthoine était pilote de développement chez Renault. Bien qu’il roulait dans une Arden-BWT rose (comme les Racing Point), Hubert portait la combinaison jaune et noire de la marque losangée française, afin de montrer son alliance.

Je veux vous épargner les détails de son accident fatal, encore moins vous partager la vidéo, car elle est atroce à voir. En gros, Hubert a tapé le mur au Raidillon, avant d’être percuté violemment par le bolide de Juan Manuel Correa. Drapeau rouge instantané, signifiant l’interruption (et prochainement l’annulation) de l’épreuve.

Au moment d’écrire ces lignes, Correa se retrouve en soins intensifs à Liège, afin de soigner des blessures au pied et au dos. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement. Surtout qu’il y a une semaine, il conduisait une F1 en France, pour la première fois de sa vie…

C’est aux alentours de 18h35 (heure de Belgique) que la FIA a annoncé le décès d’Anthoine Hubert. La première fin de semaine de course, depuis le retour aux classes, fut ruinée.

L’équipe du Bulletin F1 offre ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches d’Anthoine, en ces moments très, très difficiles actuellement.

Un métier plus sécuritaire, malgré tout

Le Halo: une des nombreuses mesures de sécurité pour protéger le pilote

La mort tragique d’une étoile montante de la course automobile est le triste constat que, malgré des mesures de sécurité élevée, ce sport reste très dangereux. La perte d’un tel personnage, dans cette génération, frappe beaucoup plus l’imaginaire qu’il y a quelques décennies. Pourquoi? Depuis la mort d’Ayrton Senna, au Grand Prix de Saint-Marin en 1994, la FIA (Fédération internationale de l’automobile) a décidé de renforcer la sécurité des pilotes et des circuits.

Or, avec les nombreuses innovations sécuritaires, on voit les pilotes sortir pratiquement indemnes de grosses collisions, comme on a pu voir avec Fernando Alonso en Australie 2016. Nous nous sommes habitués à voir nos héros saluer les spectateurs pour nous aviser qu’ils vont bien. Malheureusement, l’ange gardien peut en échapper une.

J’ai vu Jules Bianchi heurter une grue sous une pluie battante à Suzuka, en 2014. J’ai assisté, en direct, au carambolage monstre en IndyCar, à Las Vegas en 2011, réclamant la vie de Dan Wheldon, vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis, quelques mois plus tôt. Même histoire pour le pauvre Marco Simoncelli, toujours en 2011, lors d’une épreuve de MotoGP en Malaisie. Je ne veux aucunement revenir sur le crash très horrible de Greg Moore en 1999, à Fontana en Californie. N’oublions pas la récente perte de Jessi Combs, dans un désert d’Oregon.

Tout cela pour dire que, malgré les améliorations de sécurité depuis des décennies (ou depuis que Sir Jackie Stewart a rendu son métier plus sécuritaire), le sport automobile aura toujours des failles. Celle de samedi à Spa en est une.

Ce n’est pas pour rien, non plus, que le circuit de Spa-Francorchamps, le Royal Automobile Club de Belgique et la FIA enquêtent sur le triste événement pour offrir des recommandations, afin qu’une telle situation ne se reproduise plus.

Des pilotes plus téméraires?

Avec l’avancement incroyable des mesures de sécurité, nous voyons probablement des pilotes qui deviennent plus téméraires.

Aujourd’hui, on voit des belligérants atteindre la Formule 1 à un très jeune âge. Aussi, on remarque de l’insouciance de la part de certains, quant à prendre une certaine liberté sur les attaques et les défenses. C’est facile de dire que c’est du jeu robuste, mais cela peut mal tourner. Or, il faut éviter de se dire qu’on est invincibles, car c’est (malheureusement) un mythe.

Quelques heures après l’annulation de la course Feature de F2, le champion du monde de F1 en 1997, Jacques Villeneuve, a vivement critiqué l’usage élevé des simulateurs, « responsable » de la croissance de témérité chez les jeunes pilotes. Il a légèrement raison, parce qu’il est possible de visualiser la prochaine piste au calendrier à l’ordinateur. Par contre, il ne faut pas oublier que les essais privés sont désormais réglementées. Or, la simulation de piste, comme F1 2019, par exemple, devient le choix de prédilection pour les écuries et les pilotes.

the show must go on

Après un tel drame, on se pose toujours des questions conditionnelles. Et si Juan Manuel Correa avait bifurqué de sa trajectoire, l’aurait-il évité? Et si la Arden-BWT s’était encastrée dans le mur de pneus du Raidillon, au lieu de rebondir en pleine piste?

C’est facile de se questionner, mais, en tant que fan de course automobile, nous ne pouvons trouver LA réponse. C’est aux instances du sport motorisé de s’occuper de cela.

En ce moment, j’ai mal pour la famille et aux proches d’Anthoine Hubert. J’ai mal pour ses amis qui l’ont côtoyé dans ses années junior: Charles Leclerc, Esteban Ocon et, surtout, Pierre Gasly. Ce dernier était vraiment proche du champion 2018 de GP3. Ils ont été de très bons amis pendant une quinzaine d’années et, du jour au lendemain, il perd un être cher.

On doit se dire que les pilotes prenant part aux Grands Prix et à d’autres genres de courses connaissent les risques du métier. Voir un de leurs confrères tomber au combat est un sentiment horrible, évidemment. Cependant, ils se disent de continuer, malgré tout. Je sais que Daniel Ricciardo a longtemps hésité avant de participer à l’épreuve belge. Le simple fait de voir la famille d’Hubert lui a donné l’énergie de boucler 44 tours, ce dimanche et, ainsi, de passer à autre chose.

Dans une publication Instagram, suivant l’annonce du décès d’Anthoine Hubert, Lewis Hamilton nous a lancé un avertissement aux fans sur ce que représente vraiment la course automobile.

Crédit: Lewis Hamilton/Story Instagram

Si vous croyez que le sport que nous avons choisi est sûr, vous vous trompez. Les pilotes mettent leur vie en jeu dès qu’ils entrent en piste, et les gens ne le réalisent pas assez, autant le public que certaines personnes qui gravitent dans le sport automobile.

Hamilton a bien raison: peu importe ce qu’on peut penser de la Formule 1 d’aujourd’hui, le facteur danger est toujours présent. Nous n’avons jamais été dans un bolide roulant à plus de 300 km/h et, jusqu’à présent. On ne peut pas vivre les vraies sensations que vivent les pilotes dans un cockpit. C’est pour cela que j’ai un respect infini pour TOUS les pilotes qui prennent part à au moins un Grand Prix de Formule 1.

Avec la présence accrue des réseaux sociaux, il est facile de critiquer la performance des pilotes et, pire, se moquer des accidents dans lesquels ils se retrouvent. Oui, ils s’en sortent indemnes, mais qui dit que le prochain crash pourrait être blessant pour lui ou pour son adversaire, voire fatal? En regardant la couverture d’une course, on peut entendre les partisans célébrer un accident d’un pilote adverse. Je n’ai jamais compris pourquoi c’est nécessaire de faire cela.

Je n’ai jamais connu Anthoine personnellement, mais j’ai été impressionné par sa saison recrue, en Formule 2. Il n’y avait aucun doute qu’il se retrouverait avec une meilleure voiture, l’an prochain. Sa mort fait très mal à l’univers très tissé de la course automobile, mais comme le dit l’adage: « The show must go on« .

Chose certaine: que ce soit sur une montagne du New Hampshire ou sur les plages du Maine, je n’ai pas arrêté de penser à lui. Il va manquer à énormément de personnes.

Salut Anthoine.

Démarrez une conversation

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *